La capture de rivière n’était pas censée se produire à notre époque. Mais nous en sommes là : changement climatique, glaciers en fonte et une rivière disparue.

Publié le lundi 24 avril 2017

La partie inférieure du glacier de Kaskawulsh en juillet 2016. Photo: Luke Copland, Université d'Ottawa

Que se passe-t-il lorsqu’un glacier géant, comme le Kaskawulsh dans le nord du Canada, commence à fondre à cause du changement climatique?

Quand on s’intéresse à la fonte des glaciers, on pourrait anticiper de voir des inondations. Cependant, en arrivant à la rivière Slims dans le Yukon, les chercheurs ont trouvé une rivière à sec. Le glacier Kaskawulsh, dont la rivière tirait sa source, avait reculé si loin qu’il avait brusquement provoqué un phénomène géologique d’envergure. Les eaux de fonte alimentent à présent la rivière Kaskawulsh et le golfe de l’Alaska, aux dépens des systèmes fluviaux existants.

Cette capture du cours d’eau d’une rivière par une autre a fait l’objet d’une étude menée par l’Université de l’État de Washington à Tacoma, dont les résultats ont été publiés le 17 avril dans la revue Nature Geoscience. Elle constitue le premier cas, documenté en tant que tel, des temps modernes.

La capture de rivière peut avoir diverses causes : le mouvement tectonique de l’écorce terrestre, les glissements de terrain, l’érosion ou, comme avec le Kaskawulsh, l’effondrement d’un barrage glaciaire. Cette nouvelle étude met en relief l’un des bouleversements les moins attendus qui peuvent se produire dans le contexte du changement climatique.

« Bien que des géologues ont déjà observé la capture de rivière, personne, à notre connaissance, ne l’a documentée comme un phénomène de notre époque », déclare Dan Shugar, géoscientifique à l’Université de l’État de Washington à Tacoma et auteur principal de l’article. « On avait étudié l’historique géologique, qui remontait à des milliers, voire des millions d’années, mais pas le 21e siècle, alors que le fait est en train de se produire sous nos yeux. »

L’équipe de recherche s’est servie d’un drone de cartographie pour créer un modèle altimétrique précis de la langue glaciaire et de la région des eaux d’amont. Les travaux publiés représentent une analyse rétrospective de la disparition de la rivière.

« Les effets de l’assèchement provoqués par le recul du glacier Kaskawulsh ont été immédiats, surtout pour les communautés autour du lac Kluane, qui ont du mal à mettre leurs bateaux sur l’eau. Ce phénomène géologique a transformé le paysage local », précise Luke Copland, professeur agrégé, titulaire de la Chaire de recherche de l’Université en glaciologie et coauteur de l’article.

La rivière Slims coupe l’autoroute de l’Alaska. Ses rives étaient prisées par les randonneurs. Aujourd’hui, son lit est à sec. Les mouflons de Dall qui peuplent le parc national Kluane s’aventurent sur les lieux pour se repaître de la végétation naturelle, se retrouvant ainsi exposés sur un territoire de chasse légale. Au printemps dernier, le lac Kluane n’a pu rétablir le niveau de ses eaux, qui se situait en été 2016 à environ un mètre au-dessous du minimum jamais enregistré pour cette saison. Les terres riveraines, qui englobent les petites communautés de Burwash Landing et de Destruction Bay, ne se trouvent plus à proximité des rives, celles-ci s’étant rétrécies. Étant donné que le lac continue à diminuer de niveau, les chercheurs prédisent qu’il deviendra un lac isolé coupé de tout flot. « Des changements dans le transport des sédiments, la composition chimique du lac, la population de poissons, le comportement de la faune, parmi d’autres éléments, continueront de se produire à mesure que l’écosystème s’adapte à cette nouvelle réalité », explique le professeur Shugar.

L'extrémité du glacier de Kaskawulsh en août 2013, avant l’assèchement du lac Slims, visible sur le côté droit de l'image. Photo: Luke Copland, Université d'Ottawa.

Alors que les rivières se tarissent et que les lacs se transforment en boue, le recul de ce glacier révèle les effets du changement climatique moderne.

« Ce n’est pas une chose qu’on peut arrêter. La seule façon de l’arrêter serait de construire un barrage géant, mais ce ne serait pas réaliste et c’est bien trop coûteux », affirme le professeur Copland.

Depuis près d’une décennie, ce savant étudie le glacier Kaskawulsh, dont il a suivi le recul et la diminution rapides en employant l’imagerie de l’Agence spatiale canadienne, en dirigeant des stations météorologiques, en effectuant des vols au-dessus de la zone et en menant des travaux dans la région du sommet du glacier avec ses étudiants, dans le cadre du cours Recherche sur le terrain dans le Nord qu’il enseigne.

Lire l’article dans Nature Geoscience : River piracy and drainage basin reorganization led by climate-driven glacier retreat

Auteurs :

  • Dan Shugar, Université de l’État de Washington à Tacoma
  • John Clague, Université Simon Fraser
  • James Best, Université de l’Illinois
  • Christian Schoof, Université de la Colombie-Britannique
  • Michael Willis, Université du Colorado
  • Luke Copland, Université d’Ottawa
  • Gerard Roe, Université de l’État de Washington à Seattle

Personne-ressource pour les médias :

Sarah Foster
Agente des relations médias
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