Découverte d’une relation entre les inégalités sociales et l’inclination du public pour les politiques sévères de justice pénale

Publié le jeudi 21 janvier 2016

Selon une étude récente, les inégalités sociales au Royaume-Uni seraient directement liées à l’appui du public pour les politiques de justice pénale de plus en plus sévères malgré un taux de criminalité à la baisse.

Carolyn Côté-Lussier du Département de criminologie de l’Université d’Ottawa a mené cette étude dans le cadre de sa thèse de doctorat à la London School of Economics and Political Science. Ses recherches ont révélé que l’attitude de la population envers les criminels était façonnée, certes, par les crimes perpétrés, mais aussi par la perception de cette même population à l’égard du statut social des criminels. La représentation du criminel comme un être pauvre et sans instruction est souvent associée au stéréotype du délinquant insensible et indigne de confiance, démontre l’étude publiée dans la revue de l’Association américaine de psychologie Psychology, Public Policy and Law.

Les inégalités sociales pourraient contribuer à augmenter l’inclination du public pour les politiques sévères en matière de justice pénale, rendant d’autant plus ardu pour les gouvernements d’endiguer la surpopulation des prisons. Les résultats de l’étude jettent également un nouvel éclairage sur des faits qui donnent à penser que les politiques sévères de justice pénale frappent plus durement les populations vulnérables, dont les minorités visibles et les personnes à faible revenu ou aux prises avec de l’instabilité résidentielle ou la maladie mentale. Selon les données, la population trouverait justifiée la surreprésentation de ces personnes dans le système carcéral en raison des stéréotypes établissant une relation entre le statut social peu élevé et la malveillance.

« L’opinion publique joue souvent un rôle déterminant dans les réformes apportées aux politiques de justice pénale, affirme Carolyn Côté-Lussier. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le public réclame le maintien de sanctions sévères, et ce, malgré la hausse des populations carcérales et la diminution du taux de criminalité depuis les vingt dernières années. L’opinion publique demeure relativement stable, peu importe la réalité sur le terrain. Au Canada, par exemple, les habitants des provinces infligeant des peines de prison plus sévères sur le plan de la durée et du nombre n’avaient pas davantage confiance en leur système de justice que les habitants des provinces préconisant une approche moins punitive. Cette étude et d’autres recherches nous amènent à nous interroger sur les origines de l’opinion publique à l’égard de la criminalité et de la justice. »

L’article souligne que les politiques répressives de justice pénale sont coûteuses socialement et économiquement et que les tentatives des gouvernements de réduire la population carcérale pourraient se heurter à l’opposition populaire. Le Royaume-Uni fait partie des pays européens où la volonté publique de punir est la plus élevée. En effet, sa population carcérale, qui avait atteint sa capacité maximale de 80 000 individus en 2006, se chiffrait à 90 000 individus en 2013. Pendant ce temps, certaines parties des États-Unis ont déjà assoupli leurs programmes prônant la ligne dure en matière de lutte contre la criminalité. Même si le système de justice canadien est beaucoup moins lourd qu’aux États‑Unis, le nouveau gouvernement au pouvoir a annoncé son intention de revoir les lois et les réformes intransigeantes adoptées par le gouvernement précédent. Les politiques adoptées dans le cadre de cette nouvelle approche pourraient réduire les disparités sociales structurelles et, en fin de compte, calmer la propension du public pour les politiques sévères de justice pénale.

L’article se conclut par les trois recommandations suivantes :

  1. Des efforts pourraient être investis pour changer la perception et les sentiments du public à l’égard des criminels. Les campagnes menées par les groupes de défense des intérêts et les groupes politiques devraient avoir comme objectif d’atténuer les tendances punitives en s’attaquant aux perceptions stéréotypées dont font l’objet les criminels, particulièrement les délinquants ou les personnes détenues en attente de leur procès.
  2. Étant donné les résultats de recherche selon lesquels les émotions de la population à l’égard des criminels, issues de perceptions stéréotypées, sont associées au désir d’exclure ces derniers et non de les punir, il serait justifié de réformer les politiques de justice pénale pour offrir d’autres solutions que la prison pour les délinquants jeunes et non violents, comme des programmes de formation, des thérapies, du counseling et du travail communautaire.
  3. Les politiques qui réduisent les inégalités sociales telles que l’amélioration du niveau d’instruction pourraient, en dernière analyse, réduire la demande de la population pour des politiques sévères de justice pénale et offrir l’avantage supplémentaire de réduire la criminalité et la victimisation des populations vulnérables.

Personne-ressource pour les médias

Mila Roy
Agente de relations avec les médias
Université d’Ottawa
Cell. : 613-762-2908
mila.roy@uOttawa.ca

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