Une étude révèle que les changements climatiques sont à l’origine de l’inondation de l’habitat des bisons des bois, une espèce menacée

Publié le jeudi 23 février 2017

Wood bison / Bisons des bois

Image: Linda Kimpe, Université d'Ottawa

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa, en collaboration avec cinq universités partenaires et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, ont publié une étude démontrant que les changements climatiques provoquent une importante expansion des lacs et l’inondation de terres au sud des Territoires du Nord-Ouest, principal habitat du troupeau de bisons des bois Mackenzie. Le bison des bois est une espèce menacée au titre de la Loi sur les espèces en péril. Le troupeau Mackenzie occupe une place importante dans les efforts de conservation et d’accroissement de la population de bisons des bois dans les Territoires du Nord-Ouest.

« La Réserve de bisons Mackenzie, sur la rive nord du Grand lac des Esclaves, accueille une importante population de bisons des bois. Les observations des utilisateurs du territoire et des gestionnaires de la faune laissent supposer que les lacs de la région ont pris de l’expansion, recouvrant les champs de laiche sur de grandes étendues. Nous avons entrepris d’évaluer ces changements pour mieux comprendre leurs répercussions sur les populations de bisons », explique Jennifer Korosi, coauteure principale et professeure adjointe au Département de géographie de l’Université York, qui a effectué les recherches à l’Université d’Ottawa dans le cadre d’un stage postdoctoral Banting.

L’équipe a fait appel aux images satellites enregistrées entre 1986 et 2011 pour mesurer le territoire recouvert d’eau sur une étendue de 10 000 km2. Ces images ont révélé que la superficie des lacs a presque doublé pendant cette période. En outre, ce débordement touche de façon disproportionnée les champs de laiche, habitat essentiel des bisons, puisque celle-ci pousse dans les bassins auparavant asséchés.

« Les recensements de la population de bisons sur la même période révèlent qu’au fur et à mesure que les lacs se sont élargis, la quête de pâturage du troupeau Mackenzie l’a amenée à délaisser l’essentiel de son territoire au sein de la zone protégée par la réserve », explique Michael Pisaric, coauteur de l’étude et professeur de géographie à l’Université Brock. Cette transformation de l’habitat des bisons provoque leur déplacement, ce qui augmente depuis quelques années leur risque de collision avec les véhicules qui circulent sur les routes de la région.

L’étude a analysé l’information préservée dans une carotte de sédiments datée, prélevée au fond du plus grand lac de la région, pour étudier les changements dans la superficie du lac survenus au cours des derniers siècles. Les chercheurs utilisent les carottes de sédiments – qui illustrent les matières déposées au fonds du lac sur une période donnée – pour dévoiler la chronologie des changements survenus dans le lac et la région avoisinante. L’équipe y a observé une hausse des marqueurs chimiques produits exclusivement par les plantes terrestres, démontrant ainsi que les inondations du paysage avoisinant au cours des deux dernières décennies n’ont connu aucun équivalent au cours des 200 dernières années.

« Les résultats de notre étude, tant sur le plan des images satellites que des sédiments de lac, portent à croire que les récents changements climatiques sont le principal facteur de l’expansion de la superficie des lacs dans cette région », indique Joshua Thienpont, coauteur principal et chercheur-boursier à l’Université d’Ottawa. Il relève également que les changements climatiques sont à l’origine de divers mécanismes d’expansion et de rétrécissement des lacs sur les vastes territoires nordiques, et que ceux-ci sont actuellement à l’étude.

« Nos résultats indiquent clairement que l’expansion des lacs en raison des changements climatiques a directement influencé l’utilisation du territoire par les bisons des bois, une espèce menacée », souligne Jules Blais, coauteur et professeur de biologie et de toxicologie environnementale à l’Université d’Ottawa. « C’est un défi de plus à surmonter pour la conservation des troupeaux de bisons des bois, qui ont aussi été récemment éprouvés par des maladies telles que l’anthrax. »

Lire l’étude dans Nature Communications (en anglais seulement)

Membres de l’équipe de recherche
Jules Blais (Université d’Ottawa), Joshua Thienpont (Université d’Ottawa), Jennifer Korosi (Université York), Michael Pisaric (Université Brock), John Smol (Université Queen’s), Myrna Simpson, Jamylynn McDonald (Université de Toronto), Peter DeMontigny, Joelle Perreault (Université Carleton), Steve Kokelj (Northwest Territories Geological Survey), et Terry Armstrong (Environnement et ressources naturelles, gouvernement des Territoires du Nord-Ouest) 

Financement
Cette étude a été subventionnée par le Programme de surveillance des effets cumulatifs (gouvernement des Territoires du Nord-Ouest), la Fondation W. Garfield Weston et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Personne-ressource pour les médias

Amélie Ferron-Craig
Agente de relations avec les médias
Université d’Ottawa
Cell. : 613-863-7221
aferronc@uOttawa.ca

Haut de page