Une étude révèle que l’arsenic issu de la mine d’or Giant a décimé des populations d’algues et d’invertébrés dans un lac de Yellowknife

Publié le mercredi 17 août 2016

Mine Giant en hiver | Giant Mine in the winter

Selon une étude dirigée par des chercheurs de l’Université d’Ottawa et publiée aujourd’hui dans Proceedings of the Royal Society B, l’écosystème d’un lac a été gravement touché par la contamination à l’arsenic issue de la mine Giant, qui a produit plus de 7 millions d’onces d’or pendant sa période d’activité, de 1948 à 2004. Au cours des années, le procédé utilisé pour extraire l’or de l’arsénopyrite a entraîné l’émission de plus de 20 000 tonnes de trioxyde d’arsenic, une substance très toxique, par la cheminée du four de grillage de la mine.

L’équipe de chercheurs a eu recours à une méthode couramment utilisée en paléoécologie et consistant à extraire du lac des carottes de sédiments. Elle a ainsi pu mesurer l’augmentation de la contamination à partir du moment où l’exploitation de la mine a commencé et étudier la réaction de l’écosystème du lac à cette contamination.

« De nombreuses espèces d’algues et d’invertébrés ont été décimées dans le lac Pocket, près de Yellowknife, par la pollution issue de la cheminée du four de grillage. Ces espèces ne se sont toujours pas rétablies, plus de dix ans après la fermeture de la mine », dit Joshua Thienpont, auteur principal de l’étude et chercheur postdoctoral au Département de biologie de l’Université d’Ottawa.

« Nos résultats montrent que la contamination à l’arsenic a augmenté de 1 700 % pendant la période de plus grande activité de la mine, dans les années 1960 », ajoute Jules Blais, professeur de biologie et de toxicologie environnementale, qui a dirigé les recherches. « D’autres éléments, dont le plomb, l’antimoine et le mercure, ont également contribué à la toxicité des émissions produites par le four de grillage de la mine Giant. »

Les chercheurs essaient maintenant de comprendre pourquoi l’écosystème ne s’est pas encore remis plus de dix ans après la fermeture de la mine. « Les niveaux de contaminants, bien que toujours élevés, ont beaucoup baissé depuis l’époque où la contamination était à son plus haut, mais le milieu naturel n’a pas suivi », dit Jennifer Korosi, professeure adjointe de géographie à l’Université York, qui a participé à l’étude pendant son séjour à l’Université d’Ottawa à titre de boursière postdoctorale Banting.

Les conclusions de la présente étude viennent confirmer celles d’une étude antérieure, menée par l’équipe de chercheurs. Celle-ci avait montré que la plupart des petits lacs situés dans un rayon de 15 à 20 km des mines de Yellowknife présentaient des concentrations d’arsenic bien supérieures aux recommandations pour la qualité de l’eau potable et aux niveaux garantissant la protection de la vie aquatique. La nouvelle étude soulève des questions importantes quant à l’impact de la contamination à l’arsenic sur les écosystèmes environnants et les populations locales. Le lac Pocket se situe à 7 km à peine de Yellowknife.

« Nous avons tendance à penser que la plupart des régions nordiques restent relativement vierges. Pourtant, j’ai travaillé dans de nombreuses régions industrialisées, et je n’y ai jamais vu des changements biologiques de cette importance. Les résultats de notre étude sont très révélateurs des effets toxiques résultant des pratiques passées de l’industrie minière », a déclaré John Smol, professeur de biologie de l’Université Queen’s, qui a fait partie de l’équipe de recherche.

« Les études de ce genre sont importantes parce qu’elles fournissent une information essentielle à la mise au point de pratiques durables pour l’exploitation minière », dit Jules Blais. « Nous ne devons pas laisser l’histoire se répéter. »

Pour en savoir plus :

Article (en anglais seulement) : Multi-trophic level response to extreme metal contamination from gold mining in a subarctic lake

Personne-ressource pour les médias

Amélie Ferron-Craig
Agente des relations médias
Université d’Ottawa
Cell. : 613-863-7221
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