Forcer l’industrie du tabac à changer par des incitatifs économiques

Publié le mardi 16 février 2016

Les efforts antitabac porteraient davantage leurs fruits si les stratèges de la santé publique s’attaquaient aux vastes profits de l’industrie du tabac, affirment conjointement des chercheurs de l’Université d’Ottawa et de l’Université de Bath.

Le marché du tabac est dominé par quelques grandes entreprises cotées en bourse qui s’opposent vigoureusement à l’adoption de toute nouvelle mesure de santé publique qui menace de perturber leurs activités fort lucratives.

Les chercheurs avancent que les gouvernements devraient miser sur leurs réussites antérieures et s’intéresser aux politiques qui ont favorisé la transition d’autres industries vers des produits moins nocifs pour la santé, citant notamment le passage de l’industrie pétrolière à l’essence sans plomb.

Professeur à la Faculté de droit et au Centre de droit, politique et éthique de la santé de l’Université d’Ottawa, David Sweanor a supervisé l’élaboration d’initiatives de calibre mondial axées sur la lutte antitabac au Canada. « Les actionnaires de la lucrative industrie du tabac dépendent de la pérennité du marché de la cigarette. Si l’on adoptait une stratégie adéquate de diversification des produits du tabac et de la nicotine et que l’on prévoyait une tactique de repli, la santé publique en sortirait gagnante. »

Les chercheurs proposent d’approcher la politique de concurrence sous un nouvel angle et d’adopter une série de mesures tantôt incitatives, tantôt punitives. Un taux de taxation plus élevé pour la cigarette, par exemple, pourrait nuire à ses ventes si l’on applique un taux plus faible à d’autres options moins nocives, comme la cigarette électronique. Ils recommandent également l’octroi de crédits d’impôt pour la mise en marché de produits présentant moins de risques pour la santé, de même que des mesures plus directes, comme le contrôle des prix et l’attribution de licences de mise en marché qui favorisent les produits moins nocifs.

Selon M. Rob Branston, directeur adjoint au Centre d’études en gouvernance et en réglementation de l’École de gestion de l’Université de Bath, « lorsqu’une compagnie hautement profitable évolue strictement dans un marché où la cigarette est prédominante, elle ne peut être plus motivée à se battre bec et ongle contre toute mesure de lutte au tabagisme. Après tout, sa survie en dépend. »

« Compte tenu de la structure actuelle de l’industrie du tabac, tous les pays se trouvent individuellement aux prises avec d’interminables litiges chaque fois qu’ils souhaitent introduire une nouvelle mesure de protection de la santé publique, poursuit M. Branston. Pour faire avancer la lutte antitabac, les états doivent souvent s’engager dans des batailles juridiques colossales contre des compagnies qui n’ont pas peur de se battre longtemps, sans merci, et qui n’hésitent pas à frapper sous la ceinture. »

 « Il faut prévoir des mesures encourageant ces compagnies à ne plus mettre l’accent sur leurs cigarettes si meurtrières. Elles pourront ensuite accepter le déclin du marché des produits combustibles, tout comme les sociétés pétrolières ont pu accueillir le virage vers l’essence sans plomb, ajoute David Sweanor. En proposant à cette industrie des mesures savamment conçues, on pourrait entrevoir une fin à la fois rapide et viable du marché de la cigarette. On réaliserait alors une percée tout à fait historique en matière de santé publique. »

Personne-ressource pour les médias

Danika Gagnon
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