Le recteur Jacques Frémont réaffirme deux principes qui nous tiennent à cœur à l'Université d'Ottawa

Publié le lundi 26 octobre 2020

Pavillon Tabaret

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Voici la déclaration émise par le recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa Jacques Frémont lors de la réunion du Bureau des gouverneurs aujourd’hui:

Membres du Bureau, je veux discuter aujourd’hui d’un incident qui a eu lieu récemment à l’Université et au sujet duquel vous avez certainement lu beaucoup de choses au cours de la dernière semaine. Cet incident a ouvert le débat, à la fois sur le campus et ailleurs, sur deux principes qui nous tiennent à cœur à l’Université d’Ottawa

Le premier principe est celui de la dignité et du respect. Laissez-moi vous dire d’entrée de jeu que le racisme n’a pas sa place à l’Université d’Ottawa. Bien que nous soyons 50 000 personnes, nous sommes une seule et même communauté. Une communauté accueillante, qui est totalement opposée à toutes formes de racisme, de harcèlement, d’insultes raciales et de discrimination, et qui les dénonce vivement. Il est essentiel que toutes les personnes qui fréquentent notre campus se sentent en sécurité et fassent preuve de respect les unes envers les autres.

Notre campus est un microcosme de notre société. C’est pourquoi l’incident en question a suscité de vives réactions individuelles, mais aussi à plus grande échelle. Les mots sont importants. Le mot au cœur du présent débat est accompagné d’une charge sémantique, historique et connotative qui en fait tout simplement l’un des vocables les plus grossiers et les moins acceptables des langues anglaise et française.

La lutte contre le racisme demeure une priorité absolue pour l’Université. Nous travaillons à mettre en place des mesures de lutte contre le racisme depuis plus d’un an, et nous avons fait des progrès en ce sens. Toutefois, cela est loin d’être suffisant et je suis tout à fait d’accord avec l’affirmation des membres Saada Hussen et Jamie Ghossein comme quoi le travail accompli par le comité consultatif actuel n’est pas satisfaisant. Ensemble nous pouvons changer les choses. Je suis disposé à agir en ce sens et à transformer ce comité consultatif en comité d’action

Le second principe au cœur du débat est la liberté universitaire. Il s’agit de la valeur la plus fondamentale de toute université. La liberté universitaire est cette valeur absolue et essentielle qui nous unit et qui nous permet d’accomplir pleinement notre mission première : celle d’éduquer et de faire de la recherche. Elle doit être protégée et sans cesse renforcée.

Il y a un vaste consensus au sein des membres de notre communauté, tout comme parmi l’ensemble des universités canadiennes, selon lequel le milieu d’enseignement et d’apprentissage doit être sécuritaire et favoriser le respect, la liberté intellectuelle, la liberté de recherche et la pensée critique. Ces valeurs sont au cœur de notre mission universitaire et nous devons constamment les défendre avec ardeur.

La liberté universitaire et le droit de toute personne à la dignité et au respect ne sont pas incompatibles, au contraire. Ces deux principes ne devraient jamais être en opposition.

Bien que l’Université reconnaisse le droit, voire le devoir des universitaires d’aborder et d’explorer des sujets sensibles, nous avons la responsabilité de le faire sans causer de préjudice. Cela n’a pas été le cas dans la présente situation. L’Université avait le devoir d’offrir aux étudiants un moyen de poursuivre leurs cours sans se sentir mal à l’aise, c’est pourquoi on leur a donné la possibilité de se joindre à une autre classe — une solution possiblement imparfaite, mais pragmatique.

Les discussions de la dernière semaine présentent d’énormes défis. Elles soulèvent de vives émotions. Je suis très conscient que certaines des paroles qui ont été prononcées ont blessé bien des membres de notre communauté. Je le répète, nous devons absolument favoriser le bien-être physique et émotionnel de notre population étudiante, du personnel et des membres du corps professoral.

On vient d’ailleurs de m’informer d’un incident inacceptable concernant l’utilisation du mot commençant par N en classe. Les étudiants ont ressenti un inconfort évident et ont été profondément affectés. Ce genre de geste ne sera pas toléré à l’Université d’Ottawa et je peux vous assurer que des mesures immédiates seront prises en réponse à ce genre d’incidents et pour veiller à offrir un environnement d’enseignement et d’apprentissage sécuritaire et respectueux.

Je m’inquiète du fait que certaines personnes ont peut-être, en cours de route, perdu de vue le besoin fondamental et essentiel pour toutes et tous de se sentir en sécurité dans leur milieu d’apprentissage. Il est de notre devoir, en tant que société, de veiller à la sécurité les uns des autres, même si nous sommes en désaccord. Les sentiments de colère et de peine exprimés par diverses personnes et divers groupes sont sincères et profonds. Il faut comprendre ces sentiments et les respecter.

Personnellement, j’abhorre les insultes et le ton méprisant avec lequel certaines personnes ont choisi de s’exprimer. Toutefois, ce n’est certainement pas le rôle d’une université que de tenter de dicter aux gens ce qu’ils doivent ou non ressentir ou de chercher à modérer le débat. Mais c’est notre rôle d’affirmer qu’en tant que membres d’une communauté vaste et diversifiée, nous avons l’obligation mutuelle d’offrir un environnement sain et sécuritaire pour toutes et tous, même lorsque les enjeux sont sensibles ou difficiles à aborder.

Nous devons unir nos efforts et prendre conscience des mots que nous utilisons et de leurs effets possibles sur autrui, peu importe nos valeurs, nos croyances et les principes moraux auxquels nous adhérons.

Je suis sûr qu’au cours des jours et semaines qui viennent, nous parviendrons à convenir de la marche à suivre pour que notre communauté sorte plus forte de cette crise et nous assurer que la dignité individuelle et la liberté universitaire demeurent nos valeurs fondamentales.

Merci.

Le recteur et vice-chancelier,
Jacques Frémont

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