Besoin d’un expert? COVID-19 : les scénarios épidémiologiques canadiens

Publié le vendredi 17 avril 2020

Planète coronavirus

Les membres des médias peuvent communiquer directement avec l’experte suivante :

Dre Ann Jolly (anglais seulement)
Professeure agrégée, École d’épidémiologie et de santé publique, Faculté de médecine
 

La Dre Ann Jolly suit de près la pandémie et les scénarios épidémiologiques canadiens.

Elle fait des recherches sur la propagation des agents pathogènes par le biais des réseaux sociaux de personnes interreliées et donne un cours d'épidémiologie des maladies infectieuses depuis 2000, en utilisant des données réelles pour créer des systèmes de surveillance et détecter les épidémies.

La Dre Jolly a accepté de répondre à nos questions :

1- Le Canada semble faire des progrès pour aplanir la courbe. Les mesures d'éloignement social doivent-elles être maintenues? Pourquoi et pour combien de temps?

« Nous devons être très prudents pour déterminer quand le pic de l'épidémie sera atteint. Il est peut-être trop tôt pour le dire, pour plusieurs raisons.

  • Lorsqu'on regarde un graphique ou le nombre de cas récents, le nombre de cas semblera toujours être en baisse, parce qu'il faut un certain temps pour diagnostiquer les cas, puis pour les signaler.

    Par exemple, nous avons eu des problèmes d'accès à des tests au Canada et seules certaines personnes répondant à certains critères étaient testées. Puis seules certaines de ces personnes devaient être testées pour exclure d'autres maladies avant d'être testées pour le SRAS-CoV-2. Ensuite, le rapport positif doit être transmis au personnel de santé publique pour être compté dans le total de l'Ontario. Cela peut prendre un certain nombre de semaines, jusqu'à 6 semaines parfois. Donc, à moins que vous ne connaissiez le délai et que vous puissiez le corriger, les chiffres seront incomplets. C'est en fait ce qui s'est passé dans le cas du SRAS, où l'épidémie a été déclarée terminée avant que les retards de diagnostic et d’avis ne soient pris en compte.
  • La deuxième chose est que nous devons en savoir beaucoup plus sur l'histoire naturelle de l'infection avant de pouvoir commencer à relâcher les règles d'isolement. Nous ne savons toujours pas combien de personnes asymptomatiques sont infectées, si elles répandent le virus, ou si celles qui l'ont eu sont immunisées, et combien de personnes du grand public peuvent être immunisées.
  • Et enfin, nous devons savoir comment le virus évolue. Se réplique-t-il très rapidement et de manière imprécise et se recombine-t-il avec d'autres virus tels que celui de la grippe? »

2- Le Canada risque-t-il toujours de connaître une forte hausse des cas? À quoi devons-nous nous attendre pour les prochaines "vagues" ?

« Le Canada connaîtra encore des hausses, car le virus pénètre dans des poches de personnes interreliées où il ne pouvait pas aller auparavant. Cela ressort clairement du breffage technique pour des scénarios canadiens et correspond à ce qui a été observé dans le cas du SRAS, avec d'autres épidémies propagées de personne à personne, et la transmission de l'infection par les réseaux sociaux de personnes connectées.

Les vagues toucheront généralement des personnes qui n'ont peut-être pas été exposées auparavant. Il est donc difficile de dire exactement qui sera touché. »

3- Quand les écoles devraient-elles rouvrir? Avant la fin de cette année scolaire ou en septembre prochain ?

« C'est une question importante. La première chose à garder en tête est que tout le monde ne devrait pas retourner au travail en même temps, car cela risque d'entraîner une forte hausse.

Lorsqu'il s'agit d'une infection dans un réseau, une approche synchronisée est essentielle.

Une meilleure option serait de tester un échantillon représentatif de personnes pour voir combien sont infectées et/ou immunisées et si cette proportion semble gérable, et ensuite de laisser progressivement une partie des citoyens retourner à l'école et au travail. Cela étant dit, la pauvreté est un grand problème, et nous devons veiller à ce que, pendant cette période et par la suite, les gens aient des revenus adéquats. »

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