Un chercheur de l’Université d’Ottawa jette un éclairage neuf sur les effets à long terme des commotions cérébrales dans le sport

Publié le mardi 6 décembre 2016

Brain scans / Image du cerveau

Chaque année, près de 160 000 Canadiens subissent des lésions cérébrales, et ce nombre est en hausse. Plus d’un million de personnes au Canada doivent vivre avec les séquelles que ces lésions entraînent, telles que pertes de mémoire, confusion, problèmes d’équilibre[1] et toute une série d’autres symptômes débilitants. Il est de plus en plus clair que les commotions cérébrales constituent un important enjeu de santé publique. Pourtant, les mécanismes de leur impact sur le cerveau restent mystérieux. Nous en avons discuté avec le professeur François Tremblay, de l’Institut de recherche Bruyère et de l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université d’Ottawa, dont les travaux récents, publiés dans Clinical Neurophysiology, ont mis en lumière certains effets jusqu’alors méconnus des commotions cérébrales.

Q : En tant que chercheur en neurosciences, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux effets des commotions cérébrales?
R : L’étude en question a été menée par Travis W. Davidson, un étudiant diplômé que je dirigeais à l’époque, dans le cadre de sa thèse de doctorat. Adepte des sports de contact, Travis a été à même de constater de première main l’impact des commotions cérébrales dans le sport. C’est lui qui a proposé d’en étudier les possibles répercussions. En tant que spécialiste des neurosciences cliniques, j’étais très au fait de toute cette problématique. Les commotions représentent un sujet d’actualité dans les neurosciences. En effet, les preuves sont de plus en plus nettes que les lésions qu’elles provoquent sont liées aux modifications observées dans le cerveau des sportifs professionnels, comme le soulignait en 2006 le Dr Bennet Omalu, dans un article qui a inspiré le film Commotion, avec Will Smith.

Q : Comment mesure-t-on les effets d’une commotion sur le cerveau du patient?
R : On utilise une technique appelée « stimulation magnétique transcrânienne », qui consiste à faire passer un faible courant électrique dans le cerveau de manière à exciter les neurones. On stimule ainsi le centre moteur du cerveau, la région chargée de planifier et d’exécuter les mouvements, et on enregistre les réactions qui se produisent dans les muscles des membres. Cette technique permet non seulement de détecter des variations de l’excitabilité dans chaque hémisphère, mais aussi d’étudier les interactions entre les deux hémisphères. Dans nos travaux sur les commotions cérébrales, nous nous sommes intéressés aux changements subis par chaque hémisphère et par le corps calleux, qui réunit les deux côtés du cerveau. Nous avons constaté que les participants ayant subi dans le passé une série de commotions cérébrales présentaient d’importantes altérations au niveau de la communication entre les deux hémisphères.

Q : Vos récents travaux ont réussi à déceler des changements à long terme dans la manière dont le cerveau transmet l’information. Qu’avez-vous découvert au juste?
R : On savait que les commotions cérébrales altéraient la matière blanche, qui représente 50 % de la masse du cerveau et assure l’efficacité des communications au sein des deux hémisphères ainsi qu’entre ces derniers. Ce qu’on ne savait pas, ce sont les conséquences à long terme de ces altérations pour les patients. Pour la première fois, nous avons pu montrer que les commotions cérébrales continuent de perturber la transmission de l’information d’un hémisphère à l’autre de nombreuses années après le traumatisme.

Q : De quelle manière ces changements touchant la matière blanche affectent-ils les patients ayant subi des lésions cérébrales?
R : Comme les communications à l’intérieur des hémisphères et de l’un à l’autre jouent un rôle essentiel dans tout l’éventail des comportements humains, toute perturbation dans la transmission de l’information risque d’avoir de graves répercussions sur les fonctions cérébrales, y compris les capacités cognitives, perceptives et motrices. On sait aussi que les lésions ou les dysfonctionnements de la matière blanche sont en cause dans l’apparition de certaines formes de démence, comme la maladie d’Alzheimer ou l’encéphalopathie traumatique chronique, une pathologie nerveuse dégénérative mis en évidence chez les sportifs, causée par des coups répétés ou violents à la tête.

Q : Comment les résultats de vos travaux peuvent-ils être utilisés en médecine?
R : Nos travaux confirment la vulnérabilité de la matière blanche en cas de commotion cérébrale. Ils fournissent de plus un marqueur neurologique permettant de suivre sur une longue période l’impact de la commotion sur les fonctions cérébrales. La détection d’altérations touchant la matière blanche et le corps calleux en particulier pourrait mener au dépistage précoce de possibles conséquences à long terme et donc à un traitement susceptible d’empêcher leur apparition. Elle permettra en tout cas de suivre l’évolution des patients victimes de lésions cérébrales ainsi que des changements touchant leurs capacités cognitives, motrices et perceptives au fil du temps.

Q : Avez-vous l’intention de poursuivre vos travaux de recherche dans cette voie, et qu’espérez-vous découvrir?
R : Logiquement, la prochaine étape devrait consister à mesurer les changements dans le cerveau, idéalement avant et après une commotion cérébrale, afin de suivre l’évolution de l’état du patient dans la durée. Cela exigerait une collaboration très étroite entre les différents intervenants, notamment les sportifs eux-mêmes, leurs parents, leurs entraîneurs et leurs gérants. Or, malgré toute l’attention médiatique qu’elles suscitent, les commotions cérébrales restent un sujet délicat. Il est très difficile pour un jeune joueur de hockey ou de football entièrement dévoué à son sport d’envisager des conséquences possibles sur sa santé qui ne le toucheront que des années plus tard. La prochaine phase de nos recherches, pour l’instant, consistera à déterminer si les changements que nous avons observés dans les communications entre les deux hémisphères du cerveau ont un impact sur la capacité d’exécuter certaines tâches, comme de lacer ses chaussures, une opération qui exige de la coordination ainsi que l’action des deux mains.

Personne-ressource pour les médias

Amélie Ferron-Craig
Agente des relations médias
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