COVID-19 : une étude révèle davantage d’insomnie et un risque accru de troubles mentaux graves chez les travailleurs de la santé

Publié le mercredi 9 décembre 2020

Travailleur de santé fatigué

Une méta-analyse d’envergure internationale réalisée à l’Université d’Ottawa révèle d’importantes répercussions sur la santé mentale de la population – et tout particulièrement chez le personnel du domaine de la santé

Selon une recherche menée à l’Université d’Ottawa, les problèmes de santé mentale liés à la pandémie de COVID-19 ont particulièrement affecté le personnel de première ligne, perturbant notamment leur sommeil, ce qui les expose à de graves problèmes à long terme.

Le professeur adjoint à l’École de psychologie de la Faculté des sciences sociales Jude Mary Cénat et son équipe ont réalisé un examen systématique et une méta-analyse de 55 études internationales regroupant près de 190 000 participants. L’étude intitulée « Prevalence of symptoms of depression, anxiety, insomnia, posttraumatic stress disorder, and psychological distress among populations affected by the COVID-19 pandemic: A systematic review and meta-analysis » a été publiée dans la revue Psychiatry Research.

En étudiant les populations touchées par la COVID-19, l’équipe du professeur Cénat a constaté que les problèmes mentaux comme la dépression, l’anxiété et le trouble de stress post-traumatique (TSPT) avaient considérablement augmenté pendant la pandémie. Fait à noter : la santé mentale de ceux et celles qui travaillent sans arrêt en première ligne depuis l’émergence du nouveau coronavirus, au début de 2020, a tout particulièrement été touchée. Cette situation fait craindre des répercussions à venir si des ressources appropriées ne sont pas mises à leur disposition.

Le professeur Cénat, directeur du Laboratoire de recherche vulnérabilité, trauma, résilience et culture (Laboratoire V-TRaC), nous explique les principales conclusions de cette étude.

 

Pourquoi avez-vous décidé de mener cette étude?
L’examen systématique et la méta-analyse avaient pour principal but d’analyser les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des populations touchées à l’échelle mondiale, en vue de guider l’élaboration et la mise en œuvre de programmes de santé mentale. 

Qu’avez-vous découvert?
Nous avons découvert une prévalence accrue de la dépression (+15,97 %), de l’anxiété (+15,15 %), de l’insomnie (+23,87 %), du TSPT (+21,94 %) et de la détresse psychologique (+13,29 %) chez les populations touchées par la COVID-19. Ce sont des constats importants, car les taux de symptômes et de problèmes relevés sont plus élevés que les taux habituels rapportés par l’Organisation mondiale de la santé – la dépression était trois fois plus fréquente, l’anxiété, quatre fois, et le TSPT, cinq fois.

Qu’en est-il des travailleuses et travailleurs de la santé?
Les travailleuses et travailleurs de la santé ont été beaucoup plus nombreux à se plaindre d’insomnie que la population générale; quant aux autres symptômes, leurs taux étaient comparables. Ces résultats concordent avec ceux d’études précédentes, qui révélaient des taux de problèmes de santé mentale similaires – voire plus bas – chez le personnel du domaine de la santé pendant les épidémies et les crises (comme le SRAS ou l’Ebola). Or, il faudra réaliser des études longitudinales pour déterminer si cette absence de différenciation entre les travailleurs de la santé et la population générale est liée à des stratégies d'adaptation temporaires associées au fait d'être en première ligne.

Les résultats variaient-ils selon l’origine des études analysées?
On n’a remarqué aucune différence marquée propre au genre, à la région géographique ou à la situation professionnelle, à part en ce qui a trait à l’insomnie. Les répercussions à court terme sur la santé mentale sont aussi élevées dans tous les pays.

De quoi devons-nous nous inquiéter à long terme?
Après la pandémie, les travailleuses et travailleurs de la santé pourraient éprouver de plus graves problèmes de santé mentale. Par exemple, la prévalence de l’insomnie laisse présager des dépressions et des idées suicidaires.

Pourquoi ces constats sont-ils si importants?
Il s’agit de l’examen systémique le plus vaste et le plus exhaustif réalisé sur cette question depuis l’apparition de la COVID-19. Notre étude aidera à orienter  les recherches et la mise au point de meilleurs programmes de santé mentale pendant et après la pandémie.

 

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