Déclin des populations de bourdons : les changements climatiques ont des conséquences encore plus désastreuses que prévu

Publié le vendredi 19 octobre 2018

Bourdon

Pollinisateurs de cultures valant plusieurs milliards de dollars, les bourdons contribuent aux récoltes annuelles et augmentent la diversité des aliments que nous pouvons consommer. Ils possèdent d’autant plus de valeur aux yeux de l’industrie agroalimentaire qu’ils tolèrent mieux les températures plus fraîches que les autres espèces d’abeilles. Ils utilisent une technique de pollinisation qui leur est propre, soit la pollinisation par vibration, qui leur permet de récolter le pollen des fleurs en faisant vibrer les muscles de leurs ailes. Grâce à cette particularité, ils participent directement au maintien de la diversité et de l’abondance des espèces de plantes sauvages et prennent part au bon fonctionnement et à la stabilité des écosystèmes naturels.

Une nouvelle étude, menée par Catherine Sirois-Delisle et Jeremy Kerr, chercheurs à l’Université d’Ottawa, révèle que les importants changements climatiques attendus au cours des prochaines décennies auront des répercussions encore plus néfastes sur ces pollinisateurs au rôle critique, peu importe les scénarios climatiques ou les hypothèses quant à leur capacité à s’éloigner rapidement des zones les plus touchées.

« Nous avons découvert que la population de bourdons est appelée à diminuer à une vitesse sans précédent dans l’ensemble de l’Amérique du Nord au cours des 50 prochaines années, » affirme Catherine Sirois-Delisle, étudiante au doctorat en biologie à l’Université d’Ottawa.

Carte des bourdons de l'Amérique du Nord

On estime qu’au cours des 50 prochaines années, à mesure que les changements climatiques s’accentuent, de vastes zones de l’aire de répartition actuelle des bourdons se dégraderont (couleurs chaudes) ou s’amélioreront (couleurs froides), devenant ainsi plus ou moins favorables à plusieurs espèces d’entre eux.

On prévoit en effet des pertes considérables de bourdons causées par les changements climatiques dans les zones agricoles, où ils peinent déjà à survivre à la destruction de leur habitat et aux produits agrochimiques, menaçant ainsi davantage le rôle essentiel qu’ils y jouent.

Une lueur d’espoir

L’équipe de chercheurs a découvert de nouveaux territoires qui répondront aux besoins futurs des bourdons, peu importe l’étendue des effets des changements climatiques, mais il est peu probable que la majorité des espèces arrive à les atteindre et à les coloniser. Il est donc primordial de se doter de stratégies à grande échelle pour améliorer les chances de survie de celles qui y parviendront.

Pollinisation

Crédit photo : Jeremy T. Kerr, Université d'Ottawa

« Malgré les effets des changements climatiques, quelques zones deviendront des oasis de conservation des bourdons, » ajoute Jeremy Kerr, professeur agrégé à la Faculté des sciences. « Nous devons prendre des mesures particulières pour protéger ces régions où l’espoir existe encore pour ces insectes pendant que la société tente de freiner la marche inexorable des changements climatiques. Autrement, ces derniers conduiront les espèces de bourdons hors de leur aire de répartition naturelle, entraînant une grave extinction. »

Il est nécessaire de développer de nouvelles approches pour aider les bourdons à atteindre ces oasis où ils ont de meilleures chances de survie. Au cours des prochaines années, nous devons explorer davantage ces endroits qui conviennent à une grande variété d’espèces de bourdons et nous appliquer à les protéger afin de réduire les risques d’extinction des espèces et la diminution de la pollinisation en Amérique du Nord.

Les changements climatiques constituent notre plus gros défi environnemental actuel et pour en minimiser les impacts, nous avons besoin non seulement de politiques sur le climat et de mesures d’atténuation beaucoup plus rigoureuses à l’échelle internationale, mais aussi de l’appui des groupes touchés et des citoyens.

Bourdon

Crédit photo : Jeremy T. Kerr, Université d'Ottawa

L’article « Climate change-driven range losses among bumblebee species are poised to accelerate » a été publié dans la revue Scientific Reports.

Que pouvons-nous faire pour aider?

  1. Plantez des fleurs! Les jardins où poussent les fleurs préférées des bourdons les aident à se déplacer entre les parcelles urbaines de type habitat et à voyager à travers les différents paysages.
  2. Vous pouvez aussi contribuer à la recherche sur la conservation des pollinisateurs en utilisant votre téléphone intelligent pour consigner sur des sites Web scientifiques citoyens – comme www.bumblebeewatch.org – vos observations sur les bourdons, où des experts peuvent identifier les espèces à partir des photos téléversées. Avec le temps, ces données deviennent extrêmement précieuses pour les scientifiques, car elles leur permettent d’avoir une meilleure idée des endroits où les espèces habitent et d’évaluer les effets à grande échelle d’une variété de menaces.

Pour de plus amples renseignements :

Véronique Vallée
Agente des relations avec les médias
Cellulaire : 613-863-7221 
veronique.vallee@uOttawa.ca

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