La douleur des enfants trop longtemps ignorée

Publié le vendredi 16 octobre 2020

Des jambes d'enfants qui portent des bottes aux pieds

Une chercheuse de l'Université d'Ottawa participe à la toute première Commission « Lancet Child and Adolescent Health » qui aborde la question oubliée de la douleur pédiatrique

Jusqu'à 10 % des jeunes souffrent de douleurs chroniques invalidantes au début de l'âge adulte – des problèmes allant de l'arthrite à d'autres types de douleurs musculo-squelettiques, de douleurs abdominales récurrentes et de maux de tête. Les nourrissons, les enfants et les jeunes subissent régulièrement des procédures médicales douloureuses pour le diagnostic et le traitement. Et pourtant, selon les auteurs d'un nouveau rapport important, la manière dont la douleur pédiatrique est reconnue, évaluée et traitée est restée trop longtemps dans l'ombre. Les conclusions de la première Lancet Child and Adolescent Health Commission sur la douleur pédiatrique suggèrent qu'il faut faire davantage pour sensibiliser la population à la douleur des enfants, de la petite enfance à l'âge adulte.

Le rapport de la Commission, dirigé par le Centre de recherche sur la douleur de l'Université de Bath, appuyé par Versus Arthritis et le Mayday Fund, et à laquelle l’Université d’Ottawa a contribué, reflète les points de vue et les opinions de professionnels de la santé multidisciplinaires et de patients, dont les expériences ont alimenté l'étude.

Paula Forgeron, professeure titulaire à l'École des sciences infirmières de l'Université d'Ottawa, est l'une des auteures du rapport. Elle a accepté de nous faire un résumé des conclusions.

1- Quelle est votre contribution au rapport Delivering transformative action in paediatric pain: a Lancet Child & Adolescent Health Commission?

« Je suis honorée que Chris Eccleston, le responsable de la Commission à l'Université de Bath, en Angleterre, m'ait invitée à titre d’auteure. J'ai contribué à la conceptualisation de la Commission, dirigé la rédaction du premier objectif du rapport (Make Pain Matter), recueilli de la documentation et aidé à réviser la Commission. »

2- Quelle est l’importance de la Lancet Child and Adolescent Health Commission?

« Les Commissions de The Lancet fournissent un examen scientifique de pointe lorsqu'un changement substantiel et stratégique est nécessaire pour faire avancer un domaine – un domaine sous-étudié ou négligé, par exemple – ou lorsqu'il est nécessaire d'avoir une vision nouvelle d'un sujet important. Elles sont dirigées scientifiquement, impliquent une collaboration internationale et multidisciplinaire, et visent à stimuler un changement transformationnel dans les politiques et les pratiques, ou dans l'approche clinique. »

3- Le rapport suggère que l'évolution des services pédiatriques au cours des 40 dernières années en matière de reconnaissance, de diagnostic, d'évaluation et de gestion de la douleur est lente. Le rapport comporte quatre objectifs principaux : faire en sorte que la douleur durant l’enfance soit importante, la faire comprendre, la rendre visible et l'améliorer. Comment ces objectifs peuvent-ils contribuer à résoudre les principaux enjeux et à transformer la vie des enfants pour le mieux?

« Ces quatre objectifs peuvent sembler simples et évidents, mais si les objectifs étaient faciles à atteindre, nous aurions peu d'enfants, de jeunes et de parents qui signaleraient une douleur mal gérée – une douleur après une blessure ou une opération, une douleur liée à des procédures médicales ou une douleur chronique continue, par exemple. La douleur est multifactorielle et influencée par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, ce qui la rend complexe et difficile à traiter de manière efficace.

1. Faire en sorte que la douleur compte. La douleur n'a jamais eu vraiment d'importance, comme le montrent les lacunes courantes dans la pratique clinique, l'insuffisance de la formation des professionnels de la santé (par exemple, au Canada, les étudiants en médecine vétérinaire reçoivent une formation plus poussée sur la douleur que les étudiants en soins infirmiers et en médecine), le manque d'investissement dans la recherche et les services, et l'inégalité d'accès à la gestion de la douleur, tant sur le plan géographique que pour les personnes appartenant à des groupes vulnérables. La douleur n'aura pas d'importance tant que les sociétés (les gouvernements, les bailleurs de fonds, les systèmes éducatifs, les centres de soins de santé, entre autres) ne comprendront pas que la douleur doit avoir de l'importance pour réduire le fardeau de souffrance et les mauvais résultats qui en découlent pour les enfants, les jeunes, les parents et les sociétés.

2. Faire comprendre la douleur. La douleur est complexe et, bien que la recherche ait fait de grands progrès dans la compréhension des mécanismes de la nociception (douleur résultant de dommages réels ou potentiels dus à l'activation des nerfs détecteurs de douleur) et de la perception de la douleur (interaction complexe entre un stimulus de douleur – l'apport sensoriel – et les facteurs émotionnels et cognitifs qui font que l'on ressent la douleur), il reste des lacunes importantes dans les connaissances. La compréhension des processus biopsychosociaux est essentielle pour identifier les stratégies et les traitements permettant d'améliorer les résultats.

3. Rendre la douleur visible. La douleur n'est pas visible comme d’autres conditions, comme une déformation d'un bras causée par une fracture. La douleur peut et doit être évaluée chez chaque enfant et il convient de rendre compte des cas où elle ne l'est pas. Les méthodes d'évaluation de la douleur tout au long de l'enfance et dans tous les scénarios cliniques doivent être optimisées. Bien que le rapport subjectif de la douleur soit la méthode principale et souhaitable lorsque cela est possible, de nombreuses méthodes et mesures d'usage courant peuvent et doivent être améliorées.

4. Améliorer la douleur. Peu d'essais contrôlés randomisés ont été réalisés sur les interventions contre la douleur chez les enfants, et la réserve d'innovations et de nouveaux traitements se tarit. Les études qui portent sur la découverte de nouveaux médicaments et la conception d'essais, comme l'utilisation de plans de cas unique lorsque l'essai contrôlé randomisé n'est pas éthique ou pratique, pourraient faire progresser les options de traitement. Il y a de l'innovation dans de nouvelles façons de personnaliser les traitements individuels, mais il faut investir davantage dans la recherche et dans des approches coordonnées à tous les niveaux. »

Le rapport complet de The Lancet Commission est accessible ici.
 

Pour plus d’information :
Justine Boutet
Agente de relations médias
Cellulaire : 613-762-2908
justine.boutet@uOttawa.ca

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