Les enseignants sur la ligne de front

Publié le lundi 9 septembre 2019

Jeunes élèves posant des questions en classe.

Un nouveau rapport souligne une augmentation drastique de la violence envers les éducateurs.

Nous entamons déjà la deuxième semaine de la nouvelle année scolaire et les élèves de l'Ontario sont bien installés dans leurs salles de classe. Mais qu'en est-il de leurs enseignants? Sont-ils aussi bien installés? Pas tout à fait, selon une nouvelle étude de l'Université d'Ottawa qui met en évidence une nette augmentation de la violence faite aux éducateurs au cours des 12 dernières années.

Le taux de harcèlement et de violence vécu par les éducateurs est en croissance : il y a sept fois plus de cas aujourd’hui qu’il y a 12 ans. C’est une crise à laquelle on ne s'attaque pas suffisamment, affirment les auteurs de "Facing the Facts" : The Escalating Crisis of Violence Against Elementary School Educators in Ontario” (Observer les faits : L'escalade de la violence envers les éducateurs des écoles élémentaires de l'Ontario). Le rapport, dirigé par Darcy A. Santor, psychologue clinicien et professeur à l'Université d'Ottawa, et Chris Bruckert, professeure de criminologie à l'Université d'Ottawa, met en lumière cette préoccupante augmentation, qui a des répercussions à l'intérieur et à l'extérieur de la salle de classe. 

« La violence à l'encontre des éducateurs est un problème important qui a des conséquences considérables sur leur santé physique et mentale », explique M. Santor. « Cela affecte leur capacité à faire leur travail, ainsi que l'environnement d'apprentissage de leurs élèves qui ne reçoivent pas l'attention dont ils ont besoin. »

Plus de 1 600 éducateurs ont fourni des récits et des témoignages de première main sur leurs expériences en matière de harcèlement et de violence – y compris leur pire expérience de harcèlement et de violence vécue au cours de l'année scolaire 2017-2018.

Les principales conclusions sont les suivantes :

  • La violence contre les éducateurs est de plus en plus normalisée dans les écoles primaires;
  • 54 % des éducateurs ont déclaré avoir été victimes de violence sous forme de force physique (p. ex., coups de poing, coups de pied, morsures, objets projetés) pendant l'année scolaire 2017-2018 ; 60 % ont déclaré avoir tenté d'utiliser la force physique et 49 % ont été menacés d'utiliser la force physique;
  • 72 % des répondants ont déclaré avoir été victimes d'insultes verbales explicites, de dénigrement ou de gestes obscènes de la part d'un élève au cours de l'année scolaire 2017-2018;
  • 41 % ont été victimes de ce genre de comportement de la part d'un parent;
  • Les taux de harcèlement et de violence de la part des élèves étaient plus élevés chez les éducateurs qui s'identifiaient comme étant racialisés, handicapés, femmes ou LGBTQ;
  • L'impact financier associé au harcèlement et à la violence est estimé de façon très prudente à 3 millions de dollars par an.

Quelle est la solution ?

Les auteurs soulignent le fait qu'en dépit de la gamme existante de formations disponibles, la solution se trouve ailleurs.

« Offrir une formation existante aux éducateurs, comme la formation en intervention d'urgence, risque non seulement de normaliser davantage la violence, mais signifie aussi que le problème n'est pas abordé », de renchérir professeure Bruckert. « Les éducateurs ne devraient pas du tout être victimes de violence au travail. Point final. Nous devons plutôt investir afin de faire en sorte que la violence ne se produise pas en premier lieu. »

Le rapport propose quelques pistes de solutions, à savoir:

  • Le besoin de ressources accrues pour aider les élèves les plus vulnérables à obtenir le soutien dont ils ont besoin pour s'épanouir et apprendre, comme un diagnostic et des interventions précoces, des soutiens éducatifs supplémentaires et des classes plus petites pour faciliter l'attention individualisée prévue par la Loi sur l'éducation;
  • Des ressources pour soutenir les éducateurs et répondre à leurs besoins en matière de santé mentale et physique dans le contexte de l'escalade du harcèlement et de la violence dont ils sont victimes;
  • Des formations supplémentaires pour les administrateurs afin de s'assurer qu'ils possèdent les compétences nécessaires pour s'attaquer adéquatement au harcèlement et à la violence dans les écoles et offrir un soutien significatif aux éducateurs qui sont victimes de harcèlement ou de violence;
  • S'assurer que les politiques et les protocoles concernant le harcèlement et la violence soient compris et appliqués de façon uniforme, incluant la mise en œuvre de conséquences appropriées et efficaces pour les élèves;
  • La surveillance continue du harcèlement et de la violence en milieu de travail, y compris l'élaboration de stratégies visant à contrer la vulnérabilité accrue des groupes désignés (p. ex. racialisés, autochtones, handicapés, femmes, LGBTQ);
  • L'adoption d'une approche axée sur la santé de la population qui examine une vaste gamme de facteurs et de conditions qui influent sur la fréquence et la nature du harcèlement, de la violence et des comportements inappropriés (p. ex. l'incivilité en salle de classe).

Le rapport complet est disponible ici.

 

Pour de plus amples renseignements :
Isabelle Mailloux Pulkinghorn
613.240.0275
imaillou@uottawa.ca

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