Un essai clinique démontre que le sang frais n'est pas préférable au sang plus âgé

Publié le lundi 8 octobre 2012

Contrairement à la croyance populaire, un essai clinique a révélé que le sang frais n'est pas préférable au sang plus âgé. Cette étude, rapportée aujourd'hui dans le Journal of the American Medical Association, a démontré que les nouveau-nés prématurés gravement malades et ayant reçu des transfusions de sang frais ne se portent pas mieux que ceux ayant bénéficié de soins suivant la norme actuelle. Il n'existe aucune différence entre les deux approches en ce qui a trait aux lésions d'organe graves, à la mortalité et aux infections.

« Jusqu'à présent, la majeure partie des études sur le sujet donnaient à penser que les globules rouges frais avaient un meilleur rendement », affirme l'auteur principal, Dean Fergusson. Ce dernier dirige le Programme d'épidémiologie clinique de l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa et est professeur agrégé à l'Université d'Ottawa.

« Cependant, il s'agit de la première étude portant sur les effets du sang frais à l'aide d'un essai clinique aléatoire sur des sujets humains. Cette méthode constitue le test de référence par excellence selon la science médicale. À la suite de cet essai clinique mené auprès de cette population hautement vulnérable de nouveau-nés prématurés, nous avons découvert qu'il n'existait pas de différence tangible entre les normes de pratique actuelles et une politique et un système favorisant les transfusions de sang frais. »

Des études d'observation antérieures portant sur les résultats des patients tenaient compte de données cliniques existantes. Cette méthode est problématique pour un certain nombre de raisons majeures. Il est difficile d'établir l'âge moyen du sang et de ses effets sur les patients transfusés à plusieurs reprises. En effet, l'âge des cellules sanguines utilisées lors de chaque transfusion peut varier grandement, compte tenu de leur durée de conservation de 42 jours.

Cet essai aléatoire est intitulé l'Âge des globules rouges chez les nouveau-nés prématurés (ARIPI). Il porte sur 377 nouveau-nés d'un poids inférieur à 1 250 grammes et nécessitant des transfusions de globules rouges. Ceux-ci ont reçu aléatoirement soit du sang âgé d'une semaine ou moins, soit du sang entreposé selon la norme de pratique actuelle des banques de sang. Cet essai n'a permis d'observer aucune différence entre les deux groupes.

« Au fil des ans, le nombre croissant d'études rétrospectives dénonçant les présumées tares du sang plus âgé a crée une pression en faveur d'une modification de la gestion des réserves de sang, de façon à offrir des produits sanguins plus frais lors des transfusions», affirme Dana Devine, vice-présidente aux Affaires médicales et scientifiques et à la recherche de la Société canadienne du sang. « Cette tâche monumentale requerrait une augmentation considérable des dons de sang par rapport à notre banque actuelle et contribuerait à accroître largement les coûts de fonctionnement du système d'approvisionnement en sang.

« Les conclusions inverses tirées de cet essai clinique particulier sont importantes, puisqu'il s'agit de la première étude de ce type à se fonder sur des preuves aussi substantielles, à faire appel à l'essai aléatoire contrôlé et à porter sur une population très vulnérable. », continue Mme Devine.

Les découvertes découlant de cet essai, qui s'est tenu de mai 2006 à juin 2011, n'auraient jamais eu lieu sans les centaines de parents qui ont accepté de faire participer leur enfant à l'étude.

« Dans ces circonstances pénibles, il est difficile pour les familles de se décider à laisser leur enfant minuscule et fragile prendre part à un essai clinique. Au nom de toute l'équipe chargée de cet essai, je salue le courage de ces familles et les remercie de nous avoir permis de faire cette découverte cruciale », déclare la docteure Nicole Rouvinez-Bouali, une néonatologiste du Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario.

L'ARIPI englobait six hôpitaux du Canada : l'Hôpital d'Ottawa, le Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario (Ottawa), l'Hôpital général juif (Montréal), le Royal University Hospital (Saskatoon), le Children's and Women's Health Centre of British Columbia (Vancouver) et le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (Montréal).

L'article est intitulé « Effects of Fresh Red Blood Cell Transfusions on Clinical Outcomes in Premature, Very Low-Birth-Weight Infants » et a été publié en ligne le 8 octobre 2012 par le Journal of the American Medical Association. L'ARIPI a été financé par les Instituts de recherche en santé du Canada. 

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