Étude : les séjours aux soins intensifs liés à un taux de suicide ultérieur plus élevé que les autres types d’hospitalisation

Publié le jeudi 6 mai 2021

Deux professionels de santé en EPI autour de le lit d'un patient à l'hôpital

Le taux demeure très faible selon l’étude, qui pourrait aussi permettre de reconnaître les personnes à risque élevé

L’hospitalisation aux soins intensifs est associée à un taux plus élevé de suicide et d’automutilation après la sortie de l’hôpital, comparativement aux hospitalisations sans séjour aux soins intensifs, d’après la première étude du genre publiée dans la revue médicale The BMJ.

Dr Shannon Fernando

Auteur principal de l'étude, Dr Shannon Fernando (L'Hôpital d'Ottawa)

« Les soins intensifs ont évolué au cours des dernières décennies, de sorte qu’aujourd’hui, de 70 % à 80 % des patients survivent », explique le Dr Shannon Fernando, stagiaire postdoctoral en soins intensifs à L’Hôpital d’Ottawa et à l’Université d’Ottawa. « Malheureusement, nous savons que cette expérience peut être traumatisante pour les patients et qu’elle peut se répercuter longtemps sur la santé d’une personne. Beaucoup de ces patients restent à l’hôpital pendant des semaines, voire des mois, et ont besoin d’une réadaptation intense pour retrouver leur force. Parfois, quand ils retournent chez eux, ils ne peuvent pas reprendre le travail à plein temps ou ne peuvent plus travailler du tout. Nous savons que tout cela joue sur la santé mentale. Même si nous avions l’intuition que ces facteurs pouvaient entraîner une hausse du risque d’automutilation ou de suicide, nous n’avions aucune donnée précise jusqu’à maintenant. »

Une équipe de chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa, de l’Institut du Savoir Montfort, de l’ICES et de l’Université d’Ottawa a examiné les dossiers médicaux de toutes les personnes rétablies après une hospitalisation aux soins intensifs en Ontario, au Canada, de 2009 à 2017. L’équipe a ensuite comparé ces dossiers à ceux de patients hospitalisés qui présentaient des facteurs de risque similaires associés au suicide, dont l’âge, le sexe, les antécédents en matière de santé mentale et une hospitalisation antérieure pour automutilation.

Sur les 423 000 patients rétablis des soins intensifs étudiés, 750 (0,2 %) sont décédés par suicide, comparativement à 2 427 (0,1 %) sur les 3 millions de patients rétablis non hospitalisés aux soins intensifs. On compte 5 662 (1,3 %) cas d’automutilation chez les patients rétablis des soins intensifs, contre 24 411 (0,8 %) chez les patients rétablis sans séjour aux soins intensifs. Il est impossible de comparer ces taux de suicide et d’automutilation à ceux de la population générale de l’Ontario, car il n’y a aucune statistique fiable à ce sujet.

Parmi les patients rétablis des soins intensifs, l’équipe a constaté les taux de suicide les plus élevés chez les plus jeunes (18 à 34 ans), ceux ayant déjà reçu un diagnostic de dépression, d’anxiété ou d’état de stress post-traumatique, ainsi que ceux ayant fait l’objet d’interventions effractives à l’unité de soins intensifs, comme la ventilation artificielle ou encore la dialyse (filtration artificielle du sang) en raison d’une insuffisance rénale. En ciblant ces patients, il serait possible d’adapter leurs soins et peut-être aussi d’améliorer leur santé après leur sortie de l’hôpital.

Dr Peter Tanuseputro et Dr Kwadwo Kyeremanteng

Co-auteurs de l'étude, le Dr Peter Tanuseputro (gauche) et le Dr Kwadwo Kyeremanteng

« Cette étude peut nous aider à évaluer les critères de dépistage s’appliquant aux patients à risque. Il est souvent possible de prévenir le suicide dans de nombreux cas et il y des choses que nous pouvons faire à tous les paliers du milieu de la santé », souligne le Dr Kwadwo Kyeremanteng, coauteur principal de l’étude, qui est également scientifique et médecin spécialisé en soins critiques à L’Hôpital d’Ottawa, chercheur clinicien principal à l’Institut du savoir Montfort et professeur adjoint à l’Université d’Ottawa.

L’équipe continue ses recherches afin de mieux comprendre l’expérience de soins de santé que vivent ces patients des soins intensifs à risque accru après leur sortie de l’hôpital, pour savoir notamment s’ils reçoivent rapidement des soins externes en santé mentale et s’ils sont hospitalisés de nouveau.

Les résultats de cette étude sont d’autant plus pertinents en pleine pandémie de COVID-19, alors que les admissions aux soins intensifs atteignent des sommets jamais vus au Canada et dans le monde entier. En Ontario, les unités de soins intensifs accueillent davantage de jeunes patients atteints de la COVID-19 qui ont besoin de ventilation artificielle – une population qui, selon cette étude, présente un risque accru de suicide et d’automutilation ultérieurs à l’hospitalisation.

« En raison de la COVID-19, les hospitalisations aux soins intensifs sont plus nombreuses que jamais, partout dans le monde. Cette étude arrive à point en montrant que les soins ne devraient pas prendre fin quand un patient quitte l’hôpital, mais répondre autant à ses besoins physiques que mentaux », souligne le Dr Peter Tanuseputro, également coauteur principal de l’étude. Le Dr Tanuseputro est aussi médecin-scientifique à L’Hôpital d’Ottawa et à l’ICES, chercheur à l’Institut de recherche Bruyère et professeur adjoint à l’Université d’Ottawa.

« Les patients et leurs proches ne devraient pas avoir peur s’ils doivent recevoir des soins vitaux dans une unité de soins intensifs, car nos résultats montrent que les taux de suicide restent très faibles, ajoute le Dr Fernando. Notre message aux patients est qu’il est normal de ne pas revenir tout à fait à la normale après un séjour aux soins intensifs et, en tant que médecins, nous en sommes de plus en plus conscients. »

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