Une femme en ingénierie : publication des mémoires de la pionnière Monique Aubry Frize

Publié le mardi 17 décembre 2019

A painting of Monique Aubry Frize (left) and a recent picture of her (right)

Défier les conventions sociales, briser le plafond de verre… voilà des expressions qui pourraient définir l’illustre carrière de Monique Aubry Frize. Dans le livre A Woman in Engineering, Memoirs of a Trailblazer. An Autobiography by Monique (Aubry) Frize publié le 17 décembre 2019 en anglais par Les Presses de l’Université d’Ottawa, Mme Frize se remémore notamment sa jeunesse à Montréal et à Ottawa, son intérêt pour les mathématiques et les sciences, son entrée dans le monde de l’ingénierie et sa bataille contre les préjugés et stéréotypes qui ont marqué sa route.

En 1966, elle est devenue la première femme à obtenir un diplôme en génie à l’Université d’Ottawa. Ingénieure biomédicale de renommée internationale, elle a aussi contribué à l’essor des femmes dans les domaines scientifiques. Professeure émérite à l’Université d’Ottawa, pionnière et militante de la cause des femmes, Monique Aubry Frize est aussi récipiendaire de l’Ordre du Canada et de deux médailles du jubilé de la Reine.

Elle a accepté de répondre à nos questions.

1- Pourquoi avez-vous décidé d’écrire vos mémoires?

Mon parcours professionnel a été assez unique pour l’époque, donc j’avais plusieurs expériences à raconter. De plus, durant les années au cours desquelles j’ai détenu une chaire pour les femmes en STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), j’ai acquis maintes connaissances sur les obstacles qui empêchent les jeunes femmes de considérer une carrière dans ces domaines et j’ai identifié plusieurs stratégies pour augmenter le nombre de femmes qui choisissent ce chemin. J’ai ainsi voulu partager mes connaissances sur les questions de genre, afin d’accélérer le progrès et éviter de recommencer à zéro. J’espère aussi que mon livre va aider les jeunes femmes et jeunes hommes à surmonter les obstacles et à persévérer pour atteindre leurs buts.

2- Vous êtes une pionnière pour les femmes dans le domaine des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM). Quelle est, selon vous, la plus grande réussite de votre carrière ?

Il y a quelques réussites dont je suis fière : l’obtention de mon diplôme en ingénierie électrique en 1966 à l’Université d’Ottawa et l’obtention de la bourse Athlone pour compléter une maîtrise à Londres sont deux étapes mémorables. Le test intellectuel le plus poussé a été mes études de doctorat aux Pays-Bas. Je suis fière de l’avoir terminé en un an et demi, tout en travaillant à temps plein comme ingénieure biomédicale en 1989. J’avais 47 ans. Obtenir un poste de professeure en ingénierie et être nommée à la tête de la chaire des femmes en ingénierie après mon doctorat a aussi été une grande étape pour moi. D’un point de vue professionnel, mes années académiques ont été les plus satisfaisantes.

3- Dans votre premier livre paru en 2009 intitulé « The Bold and the Brave: A History of Women in Science and Engineering » (Les Presses de l’Université d’Ottawa), l’un de vos objectifs était de démystifier les stéréotypes qui font obstacle aux filles et aux femmes en sciences et en ingénierie. 10 ans plus tard, est-ce qu’il reste encore des défis à relever?

Je dois avouer que le progrès que je vois en 2019 est bien loin de celui que j’espérais en publiant mon livre The Bold and the Brave en 2009. Toutes les stratégies pour augmenter le nombre de femmes à tous les niveaux, que ce soit du secondaire à l’université, ou de l’industrie à la gestion de la profession, étaient claires et réalisables. On peut voir du progrès au niveau du nombre de femmes inscrites dans les programmes de 1er, 2e et 3e cycle en ingénierie et en sciences, ainsi que chez les professeures. Mais il y a encore plusieurs départements où il n’y a pas ou peu de professeures, et il est rare de voir des femmes dans la haute administration dans l’industrie ou dans le milieu académique. Il y a aussi eu des périodes de recul, comme en 2002, où le nombre de femmes en ingénierie a chuté de 22 % à 17 %. Certaines universités observent maintenant un regain, avec près de 30 % de femmes au 1er cycle.   

4- Dans votre plus récent opus (A Woman in Engineering: Memoirs of a Trailblazer), vous revisitez plusieurs moments de votre vie, dont la tragédie de Polytechnique le 6 décembre 1989. Comment cet événement a-t-il affecté votre parcours, votre mission dans la vie?

Le massacre a complètement changé le programme de la chaire des femmes en ingénierie. Le 11 décembre 1989, au lieu de commencer le travail de la chaire dans mon bureau à l’Université du Nouveau-Brunswick, j’assistais à des funérailles dans la cathédrale à Montréal. Après avoir ressenti une grande peine pour la perte de ces 14 jeunes femmes, la colère a pris sa place et j’ai juré de ne pas arrêter mes efforts jusqu’à ce que 14 000 femmes deviennent ingénieures. 10 ans plus tard, en 1999, il y avait 15 000 nouvelles ingénieures!

L’impact du massacre de Polytechnique sur mon travail a été énorme; je suis passée en 5e vitesse, lisant tout ce que je pouvais sur les questions de genre et en donnant 35 discours par année, avec un nombre équivalent d’entrevues dans les médias, à travers le pays. À la suite de chaque intervention, plusieurs personnes continuaient le travail dans leur communauté. En février 1990, le comité canadien des femmes en ingénierie a été lancé à Polytechnique. J’ai fait partie d’un groupe de 19 personnes qui a travaillé fort pendant deux ans pour publier un rapport en avril 1992 qui annonçait clairement comment faire progresser la situation dans tous ses aspects.

5- Que voudriez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre?

Je pense que la confiance en soi est la qualité la plus importante à développer chez les filles, surtout lorsqu’elles deviennent adolescentes. Croyez en vous! N’ayez pas le syndrome de l’imposteur. Moi-même je l'ai ressenti à quelques reprises, mais je me suis parlée et je me suis rappelée mes aptitudes et mon expertise. J’ai réussi à repousser ces idées tout en poursuivant mes buts et objectifs. J’aimerais que toutes les femmes qui choisissent une carrière en ingénierie ou en sciences se demandent si elles doivent travailler à améliorer leur confiance en elles. J’espère surtout que les femmes vont aimer leur travail et que la culture universitaire et l’industrie vont apprécier leurs contributions.

6- Quel message aimeriez-vous offrir à toutes les jeunes femmes qui souhaitent un jour percer le domaine des STIM?

Un conseil : trouvez des mentors à chaque étape de vos études et de votre carrière, surtout lorsque vous envisagez un changement ou lorsque vous faites face à certains obstacles. Les mentors que j’ai eus m’ont permis de prendre plusieurs bonnes décisions lorsque je faisais face à une difficulté ou lorsque de nouvelles opportunités s’offraient à moi. Un autre conseil : devenez membre d’organisations de femmes dans notre domaine. Elles nous permettent de réaliser que nous ne sommes pas seules. Nous pouvons bénéficier d’interactions avec d’autres femmes professionnelles.

 

Pour les demandes médias :
Justine Boutet
Agente de relations médias
Cellulaire: 613.762.2908
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