Guerre contre la nicotine : pensons-y à deux fois avant d’interdire le vapotage

Publié le mercredi 16 mars 2016

Man inhales vapour from an e-cigarette
Les politiques interdisant le vapotage dans les hôpitaux ont été récemment matière à controverse. David Sweanor, professeur à la Faculté de droit et au Centre de droit, politique et éthique de la santé à l’Université d’Ottawa, est d’avis que la mise en œuvre de politiques sur le vapotage devrait à la fois tenir compte des droits de la personne et s’appuyer sur de solides bases scientifiques. Dans un article récent publié dans la Revue canadienne de santé publique, le professeur Sweanor explique pourquoi l’élaboration de politiques devrait s’inscrire dans une perspective plus large de santé publique et, en cela, considérer le rôle clé des systèmes novateurs de distribution de nicotine dans l’élimination des effets dévastateurs de la cigarette combustible.

Q : Pourquoi les nouvelles politiques interdisant le vapotage dans les établissements de soins de santé vous préoccupent-elles?
R : Ces politiques n’établissent pas de distinction entre des produits comportant des niveaux de risque pourtant extrêmement différents. C’est comme si on réservait le même traitement aux aiguilles sales et aux aiguilles propres. Les cigarettes constituent des dispositifs de libération de drogue incroyablement « sales ». Les données empiriques montrent que les risques associés au vapotage sont infiniment plus faibles que ceux associés à la cigarette conventionnelle. En outre, l’exposition aux vapeurs rejetées par ces dispositifs ne comporte pour ainsi dire aucun risque. Pour être valables, les politiques de santé publique devraient établir des distinctions fondées sur les risques relatifs.  

Q : Comment le vapotage peut-il être moins dommageable que la cigarette, voire bénéfique?
R : La nicotine en soi, au dosage recherché par les fumeurs, n’est pas particulièrement dangereuse. Mais à partir du moment où elle est consommée par l’inhalation de fumée, elle entraîne la mort d’environ 37 000 Canadiens et Canadiennes par année. Des substituts à la cigarette, qui seraient beaucoup moins nocifs et addictifs que cette dernière, font partie des avancées en santé publique à la fois gigantesques et simplissimes, aussi importantes que la vaccination. Par leur existence même, les produits de vapotage prouvent que l’on pourrait rendre la cigarette obsolète. Grâce à eux, les épidémies de maladies engendrées par la cigarette pourraient être reléguées aux livres d’histoire, plutôt que dans les hôpitaux. Il y a d’innombrables avantages à en finir pour de bon avec la cigarette.

Q : Y a-t-il des préjugés envers le vapotage, et ce, même si cette habitude est moins risquée pour la santé que
la cigarette? Si oui, 
pourquoi?
R : Les efforts déployés par le secteur de la santé publique pour réduire avec pragmatisme et compassion les risques
liés à la consommation de nicotine sont entravés par la guerre contre la nicotine, qui présente le tabagisme comme un péché au lieu de le présenter comme un problème de santé publique. Une grande proportion des millions de fumeurs au Canada sont d’ores et déjà marginalisés. Leur administrer une dose supplémentaire de préjugés alourdira leur fardeau, alors qu’une société bienveillante devrait plutôt les aider à arrêter de fumer.

Q : Pourquoi est-ce dangereux de réserver aux vapoteurs le même traitement que celui réservé aux fumeurs?
R : Si nous traitons l’utilisation des produits sans combustion dans les endroits publics de la même manière que nous
traitons la cigarette, les fumeurs seront d’autant plus convaincus que les motifs de restreindre l’usage de la cigarette n’ont rien à voir avec la santé. Nous façonnons notre attitude en fonction de notre environnement. Les informations sur les risques énormes liés au tabagisme ont longtemps été  occultées par l’omniprésence des publicités associant la cigarette à un certain mode de vie, aux emballages attrayants et à la disposition stratégique des paquets sur les présentoirs. Le principal danger que nous courons aujourd’hui est de miner les informations sur la santé en véhiculant l’idée que le tabagisme n’est pas plus dangereux que le vapotage.

Q : Que recommanderiez-vous aux décideurs qui prépareront les règlements sur les produits de remplacement de la cigarette?
R : Ils doivent accepter le fait que les stratégies prônant la seule abstinence sont inefficaces et contraires à l’éthique. Les solutions novatrices que nous observons jusqu’à présent gagneraient du terrain beaucoup plus rapidement si nous adoptions des règlements qui feraient pencher le marché vers les solutions de rechange à la cigarette et qui en favoriseraient la consommation tout en répondant au désir des fumeurs d’arrêter de fumer. Il s’agirait en quelque sorte d’une percée en santé publique autofinancée.

Personne-ressource pour les médias

Danika Gagnon
Agente de relations avec les médias
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danika.gagnon@uOttawa.ca

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