De minuscules prédateurs dans le parc : 1 tique sur 3 est porteuse de la maladie de Lyme dans certains endroits à Ottawa

Publié le vendredi 5 octobre 2018

Des chercheurs uOttawa cherchent des tiques sur la pelouse

De nouvelles données de l’Université d’Ottawa publiées aujourd’hui démontrent que les populations de tiques sont plus répandues qu’on ne l’avait pensé dans la région d’Ottawa.

Vêtus de combinaisons Hazmat (pour matières dangereuses), Manisha Kulkarni et Roman Kryuchkov, chercheurs à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, traînent des draps de flanelle sur la pelouse. Ils sont à la recherche de Ixodes scapularis — communément appelées tiques à pattes noires.

La combinaison Hazmat les protège contre ces parasites qui ne mesurent pas plus de 3 mm lorsqu’elles atteignent leur pleine maturité. Malgré leur minuscule taille, elles sont très puissantes lorsqu’elles découvrent un hôte humain. Les tiques à pattes noires sont porteuses de la bactérie Borrelia burgdorferi, la bactérie bien connue pour causer la maladie de Lyme —une affection qui se manifeste par des symptômes de douleurs articulaires, de fatigue et dans certains cas, une paralysie faciale et des maladies du cœur.

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De 2016 à 2017, le nombre de cas de maladie de Lyme signalés chez l’humain est passé de 74 à 186 dans la région d’Ottawa. Cependant, jusqu’à tout récemment il y avait très peu de surveillance active des tiques dans la région. Dre Kulkarni, professeure adjointe à l’École d’épidémiologie et de santé publique, chercheuse associée à l’Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa, et son équipe travaillent à remédier à cette situation.

Ils en sont actuellement dans la deuxième année d’une étude de trois ans qui cherche à mesurer la répartition et la densité des populations de tiques à pattes noires dans la ville, ainsi que les taux de tiques infectées par la bactérie B. burgdorferi et d’autres pathogènes transmis par les tiques. L’équipe surveille 23 sites répartis à travers la ville, dont neuf parcs municipaux, sept aires de conservation et forêts, six sentiers récréatifs et un parc provincial.

Carte de la densité des populations de tiques à Ottawa

Aujourd’hui, les résultats issus des données recueillies par l’équipe en 2017 ont été publiés dans le Relevé des maladies transmissibles au Canada.

Quelques faits saillants :

  • Des tiques à pattes noires ont été identifiées dans 16 des 23 sites (70 %).
  • Parmi les 194 tiques à pattes noires adultes et 26 tiques à pattes noires nymphales testées, près de 30 % étaient infectées par la bactérie B. burgdorferi, qui peut causer la maladie de Lyme.
  • La densité des populations de tiques dans les sentiers récréatifs, les aires de conservation/forêts et le parc provincial à l’intérieur de la ville d’Ottawa était considérablement supérieure à celle dans les parcs municipaux.
  • Aucune tique n’a été trouvée dans les parcs urbains.

« Notre étude démontre que les populations de tiques sont plus répandues qu’on ne l’avait pensé dans la région d’Ottawa, » mentionne Dre Kulkarni. « De plus, les tiques commencent à apparaître dans certains secteurs de la ville plus rapidement que nous l’avions prévu. »

Jusqu’en 2017, les seules données qui permettaient de brosser un portrait des endroits où vivaient les tiques dans Ottawa étaient issues de signalements passifs de tiques par la population aux fins d’analyse par Santé publique Ottawa. Dre Kulkarni et son équipe ont utilisé ces renseignements pour choisir 23 sites de surveillance dans la ville où l’on s’attendait à retrouver des tiques, comme Carp Hills, et des zones où l’on ne s’attendait pas à en retrouver.

« Notre modèle a confirmé que les zones dans l’ouest d’Ottawa, comme Carp Hills, convenaient très bien aux tiques, » déclare-t-elle. « Le modèle indiquait également que nous devrions faire des recherches dans certaines zones le long de la rivière des Outaouais. Il s’agit d’un résultat important. »

tique à pattes noires au stade larvaire

Dre Kulkarni tient une boîte de Pétri contenant une tique à pattes noires au stade larvaire recueillie au moyen de l’échantillonnage par filet traînant dans un site de la Ceinture de verdure d’Ottawa.

Elle ajoute que les densités de tiques à pattes noires étaient plus concentrées dans les zones boisées suburbaines et rurales, y compris dans la Ceinture de verdure, et que certaines de ces zones bordent des quartiers résidentiels. En raison des changements climatiques constants et de l’expansion de populations de tiques vers le nord, Dre Kulkarni mentionne que la ville d’Ottawa sera sans doute témoin d’un aménagement dans des habitats convenables dans la ville dans les années à venir, ce qui signifie qu’un plus nombre de zones deviendront des zones à risque pour la maladie de Lyme.

Bien que les tiques soient reconnues pour être porteuses de la bactérie qui provoque la maladie de Lyme, elles peuvent également être porteuses d’autres pathogènes. Par exemple, les tiques peuvent être porteuses de la bactérie Anaplasma phagocytophilum, qui provoque l’anaplasmose. De plus, elles peuvent être porteuses de la bactérie Borrelia miyamotoi, provoquant une infection parfois appelée fièvre récurrente à tiques. Les deux affections sont rares, mais le premier cas humain confirmé d’anaplasmose a récemment été signalé dans la région.

Dre Kulkarni a bon espoir que mener une surveillance active des tiques au niveau local peut contribuer à guider l’évaluation des risques et les mesures en matière de santé publique.

« La prévention des morsures de tiques et du retrait rapide des tiques fixées sur la peau est importante puisqu’elle peut réduire de façon importante le risque d’infection chez l’humain et prévenir la maladie, » mentionne-t-elle.

Les données recueillies au cours de la dernière saison seront analysées au cours des mois d’hiver et publiées à l’été 2019.

Pour de plus amples renseignements :

Véronique Vallée
Agente des relations avec les médias
Université d’Ottawa
Cellulaire : 613-863-7221 
veronique.vallee@uOttawa.ca

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