Des nuits peu reposantes : une étude réalisée à l’Université d’Ottawa révèle un lien entre les problèmes de sommeil et la dépression à l’adolescence

Publié le lundi 7 décembre 2020

Une jeune femme en dessous de ses couvertures de lit se cache le visage dans ses mains.

Les troubles du sommeil chroniques peuvent mener à la dépression chez les adolescents et les adolescentes, en plus d’altérer la réactivité au stress chez ces dernières, selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs et des chercheuses de l’Université d’Ottawa. Les résultats, publiés dans la revue Behavioral Brain Research, sont particulièrement pertinents dans le contexte de la pandémie, qui met à rude épreuve la santé mentale des jeunes.

Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec l’auteure principale de l’étude, Nafissa Ismail, professeure agrégée à l’École de psychologie et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université sur le stress et la santé mentale.

Pourquoi avez-vous décidé d’étudier le lien entre le sommeil et la dépression à l’adolescence?

« Plus de 264 millions de personnes dans le monde souffrent de dépression. C’est un trouble de l’humeur très répandu qui réduit notre qualité de vie. Les personnes en situation de dépression présentent plusieurs symptômes : malaise généralisé, diminution de la libido, problèmes de sommeil et, dans les cas graves, tendances suicidaires.

De nos jours, il y a deux fois plus de femmes que d’hommes qui reçoivent ce diagnostic. Des données préliminaires indiquent par ailleurs que les Canadiens et les Canadiennes ressentent plus de symptômes de dépression cette année, probablement à cause des effets de la pandémie sur leurs habitudes de vie.

Les adultes souffrant de dépression en développent souvent les symptômes dès le début de l’adolescence. Toutefois, on ne sait pas très bien ce qui cause la dépression à l’adolescence et ce qui explique les taux de prévalence élevés chez les filles. Selon une théorie souvent avancée, la dépression surviendrait chez les jeunes surexposés au stress, et les différences entre les taux de prévalence chez les garçons et les filles seraient attribuables à la vulnérabilité accrue de celles-ci au stress chronique.

Les troubles du sommeil constituent un facteur de stress courant pendant le développement à l’adolescence. Leur récurrence pourrait être en partie responsable de la prédisposition des adolescentes à la dépression.

À l’aide d’un modèle murin, nous avons voulu déterminer si les retards d’endormissement répétés avaient un effet différent sur les souris adolescentes mâles et femelles, en examinant les changements dans leur réaction au stress. »

Comment s’est déroulée la recherche?

« Nous avons perturbé manuellement le sommeil de 80 souris adolescentes et adultes (40 mâles et 40 femelles) durant les quatre premières heures de chaque cycle de repos ou leur avons permis de se reposer normalement sur une période de huit jours consécutifs. Ces souris ont ensuite été exposées à un facteur de stress pour que nous puissions évaluer leur comportement dépressif. »

Qu’avez-vous constaté?

« Les souris adolescentes mâles et femelles avaient un comportement dépressif marqué après seulement sept jours de retards d’endormissement, tandis que les souris adultes mâles et femelles ne présentaient pas de comportement dépressif dans des conditions semblables.

Quand les sujets ont été exposés à un nouveau facteur de stress après sept jours de retards d’endormissement répétés, nous avons observé une activité accrue dans le cortex prélimbique du cerveau des souris adolescentes mâles et femelles, mais pas des souris adultes. Le cortex prélimbique, associé aux stratégies de gestion du stress, peut être endommagé par une suractivation après une privation de sommeil.

À la suite de retards d’endormissement répétés, les souris adolescentes femelles ont aussi libéré plus d’hormones de stress et présenté une plus grande activation des cellules cérébrales sensibles au stress que les souris adolescentes mâles. »

Pourquoi est-ce important?

« Nos résultats montrent que les retards d’endormissement importants à l’adolescence peuvent accroître le risque de dépression tant chez les garçons que chez les filles.

Qui plus est, ces retards peuvent rendre les adolescentes vulnérables à d’autres facteurs de stress et faire augmenter leur risque de développement d’un trouble de l’humeur.

En raison des impératifs de l’isolement en contexte de pandémie – comme l’apprentissage à distance, la réduction des interactions sociales en personne et l’augmentation du temps d’écran –, nous nous sentons moins obligés d’adhérer à un horaire de sommeil régulier. Ainsi, les adolescents et les adolescentes pourraient risquer plus que jamais de développer des dépressions et d’autres troubles de l’humeur. »

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Michael Murack, étudiant au doctorat à l’Université d’Ottawa, est le premier auteur de cette étude réalisée sous la direction de la professeure Nafissa Ismail au laboratoire de NeuroImmunologie, Stress et Endocrinologie (NISE) à l’Université d’Ottawa.

L'article Chronic Sleep Disruption induces depression-like behavior in adolescent male and female mice and sensitization of the hypothalamic-pituitary-adrenal axis in adolescent female mice a récemment été publié dans la revue Behavioral Brain Research.

 

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