Une pente glissante : Comment les changements climatiques transforment le paysage arctique

Publié le lundi 1 avril 2019

Le printemps sur l'île Banks

Photo par Antoni Lewkowicz

L'augmentation des températures du sol dans l'Arctique est un indicateur des changements climatiques mondiaux, mais jusqu'à récemment, on croyait que les zones de pergélisol froid étaient relativement à l'abri d’impacts sévères. Une nouvelle étude réalisée par Antoni Lewkowicz, professeur au Département de géographie, d'environnement et de géomatique de l'Université d'Ottawa et publiée dans la revue Nature Communications, montre toutefois que les zones de pergélisol froid peuvent être vulnérables à la hausse des températures estivales.

À l'aide d'un ensemble d'images satellitaires tirées du jeu de données de Google Earth Engine Timelapse, le professeur Lewkowicz et son coauteur Robert Way ont enregistré soixante fois plus de glissements régressifs dus au dégel – des glissements de terrain causés par la fonte de la glace contenue dans le pergélisol – sur l'île Banks au cours des trois dernières décennies. En 1984, il y a eu environ 60 glissements régressifs sur l'île. En 2013, il y en a eu plus de 4 000, dont environ 300 dans le parc national Aulavik. Dans l'ensemble, la zone touchée par l’ensemble des glissements actifs est maintenant équivalente à celle de l'île de Manhattan.

Les analyses montrent que 85 % des nouveaux glissements de terrain sur l'île Banks se sont formés après quatre étés particulièrement chauds (1998, 2010, 2011 et 2012), ce qui a provoqué le dégel de la couche supérieure du pergélisol. Avec le réchauffement de la planète et la hausse des températures, le professeur Lewkowicz prévoit une nouvelle augmentation de glissements régressifs dus au dégel : même dans un scénario relativement prudent, il pourrait y avoir 10 000 nouveaux glissements régressifs par décennie, seulement sur l’île Banks. Comme ces glissements dus au dégel peuvent être actifs pendant des décennies, M. Lewkowicz estime que dans un futur relativement rapproché, l’île de Banks pourrait être le théâtre de 30 000 glissements actifs au cours d’une seule année.

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La quantité massive de sédiments générée par les glissements régressifs a étouffé certaines vallées fluviales et affecté plus de 250 lacs de l'île. Selon le professeur Lewkowicz, les impacts sur les écosystèmes aquatiques et les populations de poissons sont encore inconnus parce qu'il n'existe pas de données de référence pour les zones touchées. Les glissements de terrain dus au dégel perturbent les écosystèmes pendant de longues périodes; ils libèrent également des matières organiques gelées qui se décomposeront en dioxyde de carbone ou en méthane, augmentant ainsi les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère et accroissant ainsi le réchauffement climatique.

Les chercheurs n'ont pas été les seuls à remarquer ces changements spectaculaires. Les résidents de Sachs Harbour, une petite collectivité inuvialuit établie sur l’île, les avaient déjà observés de première main.  Le dégel et d'autres glissements de terrain ont affecté leurs déplacements dans certaines parties de l'île, rendant la chasse et la pêche plus difficiles.

«On ne peut pas arrêter des milliers de glissements régressifs dus au dégel une fois qu'ils ont commencé, a conclu Lewkovicz. Nous ne pouvons qu'apporter des changements dans notre propre vie pour réduire notre empreinte carbone, et nous pouvons encourager nos politiciens à prendre les mesures nécessaires pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement futur le plus possible.

Pour lire l'article publié dans Nature Communications, en anglais seulement.

Pour plus d’information:

Karyne Vienneau
Université d’Ottawa
karyne.vienneau@uOttawa.ca
613-762-2908

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