Les personnes âgées au volant : comment aider nos aînés à tenir la route

Publié le jeudi 3 mars 2016

Selon Statistique Canada, au 1er juillet 2015, les estimations provisoires montraient que, pour la première fois, le Canada comptait davantage de personnes de 65 ans et plus que d'enfants âgés de 0 à 14 ans.

Le moment est donc venu de réfléchir sérieusement à la problématique du vieillissement. C'est pourquoi nous sommes allés au Laboratoire du vieillissement cognitif et de conduite automobile de l'Université pour rencontrer le professeur Sylvain Gagnon, qui mène des recherches dans ce domaine.

Q : Sur quel sujet porte votre recherche au Laboratoire du vieillissement cognitif et de conduite automobile?
R : Ici, au laboratoire, nous avons la chance d'étudier un phénomène humain universel : le vieillissement. Nous nous intéressons en particulier aux effets du vieillissement sur la cognition, et ce, dans une perspective à la fois fondamentale et appliquée. Nous examinons comment certains changements dans les processus cognitifs, causés par le vieillissement, peuvent expliquer la performance au volant des personnes âgées.

Q : Pourquoi se concentrer sur la conduite automobile?
R : Le thème de la conduite automobile est d'autant plus intéressant parce qu'en Amérique du Nord, conduire une voiture n'est pas seulement un moyen de se déplacer d'un point à l'autre, mais aussi un synonyme de liberté, d'indépendance et de qualité de vie.

Q : Donc, vous testez la performance au volant des personnes âgées?
R : C'est exact : nous employons un simulateur de conduite qui nous permet de faire des recherches dans un contexte qui ressemble de près aux situations de conduite réelles. Au cours des 10 dernières années, nous avons testé environ 700 participants, dont plus de la moitié étaient âgés de 65 ans et plus.

Q : Quel est l'objectif du simulateur?
R : L'objectif avec le simulateur consiste à dresser un portrait type du conducteur âgé, de documenter les exigences cognitives associées aussi bien aux situations routières normales qu'à celles qui présentent des difficultés, et de déterminer si le simulateur peut procurer des données fiables concernant les probabilités d'accident. Le laboratoire nous permet d'étudier en toute sécurité diverses situations plus ou moins dangereuses, sans les risques de la vraie conduite.

Q : À quoi vont servir ces résultats?
R : Nos travaux contribuent à l'élaboration d'une méthode d'évaluation du niveau de risque des conducteurs âgés, dans le but d'offrir aux professionnels de la santé un outil d'analyse standardisé, basé sur des critères de recherche soigneusement mis au point. À ce jour, il n'existe aucune méthode uniformisée permettant de différencier efficacement les conducteurs à risque des conducteurs prudents.

Q : Outre le déclin des fonctions cognitives et sensorimotrices, quels sont les enjeux concernant les personnes âgées qui veulent conduire?
R : Ce qui est intéressant dans le cas des conducteurs âgés, c'est ce qu'on appelle la « menace du stéréotype ». Nos recherches ont démontré que lorsque nous exposons des personnes âgées à des stéréotypes négatifs vis-à-vis de leur groupe d'âge (par exemple, nous leur laissons croire que les personnes âgées sont plus souvent impliquées dans les accidents de la route que les autres, ce qui est faux) juste avant une séance sur le simulateur, leurs réactions diffèrent considérablement de celles des sujets qui n'ont pas été préalablement exposés à un message négatif. Nous en concluons que le stéréotype (ou l'image négative), dont font l'objet les conducteurs âgés, pourrait avoir une incidence directe sur leurs réactions au volant et, ultimement, sur leur décision de prendre ou non le volant. Il importe donc d'enrayer ces stéréotypes et de reconnaître que l'âge n'est pas un indicateur fiable de la compétence au volant des conducteurs.

Q : Quelle est la mission de votre recherche?
R : Par mes recherches, je souhaite contribuer à l'amélioration des connaissances relatives aux conducteurs âgés, afin de permettre à ceux-ci de préserver leur autonomie et leur qualité de vie le plus longtemps possible. Cela repose à la fois sur une analyse approfondie de leur compétence au volant et sur une approche proactive par rapport aux enjeux de la conduite automobile chez les personnes âgées, qui intégrerait une intervention destinée à améliorer les réactions au volant de ces dernières.

Personne-ressource pour les médias

Mila Roy
Agente de relations avec les médias
Université d’Ottawa
Cell. : 613-762-2908
mila.roy@uOttawa.ca

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