Pourquoi les bourdons sont-ils en train de disparaître en cette ère de "chaos climatique"

Publié le jeudi 6 février 2020

Bombus impatiens

Bombus impatiens. Crédit: Antoine Morin

Des chercheurs de l'Université d'Ottawa développent une technique pour prédire l'impact des changements climatiques sur le risque d'extinction des espèces

Lorsque vous étiez jeune, étiez-vous le genre d'enfant qui courait dans les champs à la recherche de bourdons? De nos jours, il est beaucoup plus difficile pour les enfants de les repérer, car le nombre de bourdons a considérablement diminué en Amérique du Nord et en Europe.

Une nouvelle étude de l'Université d'Ottawa démontre qu'en l'espace d'une seule génération, la probabilité qu'une population de bourdons survive dans un endroit donné a chuté en moyenne de plus de 30 %.

Peter Soroye, étudiant au doctorat au Département de biologie de l'Université d'Ottawa, Jeremy Kerr, professeur à l'Université d'Ottawa et chef du groupe de laboratoire dans lequel Peter travaille, ainsi que Tim Newbold, chercheur à UCL (University College London), ont établi un lien entre l'idée alarmante de "chaos climatique" et les extinctions, et ont démontré que ces extinctions ont commencé il y a des décennies.

« Nous savons depuis un certain temps que les changements climatiques sont liés au risque croissant d'extinction des animaux dans le monde entier », a expliqué l’auteur principal, Peter Soroye. « Dans cet article, nous offrons une réponse aux questions cruciales : comment et pourquoi. Nous avons constaté que l’extinction des espèces sur deux continents est causée par des températures extrêmes plus élevées et plus fréquentes. »

« Nous sommes maintenant entrés dans la sixième phase d'extinction massive de la planète, la plus grande et la plus rapide crise mondiale de la biodiversité depuis qu'un météore a mis fin à l'ère des dinosaures. » - Peter Soroye

Déclin massif des plus importants pollinisateurs sur Terre

« Les bourdons sont les meilleurs pollinisateurs que nous ayons dans les paysages sauvages et les pollinisateurs les plus efficaces pour les cultures comme la tomate, la courge et les baies », a indiqué Peter Soroye. « Nos résultats démontrent que nous sommes confrontés à un avenir avec beaucoup moins de bourdons et beaucoup moins de diversité, tant dans le paysage qui nous entoure que dans nos assiettes. »

Les chercheurs ont découvert que les bourdons disparaissent à un rythme « comparable avec celui d’une extinction massive. »

« Si les déclins se poursuivent à ce rythme, plusieurs de ces espèces pourraient disparaître complètement d'ici quelques décennies », a prévenu Peter Soroye.

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La technique

« Nous savons que cette crise est entièrement attribuable aux activités humaines », a déclaré Peter Soroye. « Donc, pour mitiger cette crise, nous devions développer des outils qui nous aident à savoir où et pourquoi ces extinctions se produiront. »

Les chercheurs se sont penchés sur les changements climatiques et sur la manière dont ils augmentent la fréquence d’événements extrêmes, comme les vagues de chaleur et les sécheresses, créant une sorte de "chaos climatique" qui peut être dangereux pour les animaux. Sachant que les espèces ont toutes des niveaux différents de tolérance en matière de température (ce qui est trop chaud pour certains ne l’est peut-être pas pour d'autres), ils ont mis au point une nouvelle mesure de la température.

« Nous avons créé une nouvelle façon de prédire les extinctions locales qui nous indique, pour chaque espèce individuellement, si les changements climatiques engendrent des températures qui dépassent ce que les bourdons peuvent supporter », a expliqué le chercheur Tim Newbold.

Les chercheurs ont utilisé des données sur 66 espèces différentes de bourdons en Amérique du Nord et en Europe, recueillies sur une période de 115 ans (1900-2015) pour tester leur hypothèse et leur nouvelle technique. En comparant l’emplacement actuel des bourdons à leur emplacement historique, ils ont pu voir comment les populations de bourdons ont changé.

« Nous avons constaté que les populations disparaissaient dans les zones où les températures étaient devenues plus chaudes », a déclaré Peter Soroye. « En utilisant notre nouvel outil de prédiction de l’impact des changements climatiques, nous avons pu prévoir les changements à la fois pour des espèces individuelles et pour des communautés entières de bourdons, et cela avec une précision étonnamment élevée. »

Un nouvel horizon de recherche

Cette étude ne s'arrête pas là. En fait, elle ouvre les portes à de nouveaux horizons de recherche pour suivre les niveaux d'extinction d'autres espèces comme les reptiles, les oiseaux et les mammifères.

« L'élément qui est peut-être le plus exaltant dans tout cela, c’est que nous avons mis au point une méthode de prévision du risque d'extinction qui fonctionne très bien pour les bourdons et qui pourrait, en théorie, être appliquée universellement à d'autres organismes », a indiqué Peter Soroye. « Avec un outil de prévision comme celui-ci, nous espérons pouvoir identifier les zones où des mesures de conservation seraient essentielles pour arrêter le déclin. »

« Pouvoir prédire pourquoi les bourdons et d'autres espèces disparaissent, en cette époque de changements climatiques rapides et causés par l'homme, pourrait nous aider à prévenir les extinctions au 21e siècle. » - Professeur Jeremy Kerr

Il est encore temps d'agir

« Ce travail est également porteur d'espoir, puisqu’il laisse entrevoir des moyens pour lutter contre les changements climatiques, notamment la préservation d’habitats qui offrent des abris, comme des arbres, des arbustes ou des pentes, pour permettre aux bourdons de sortir de la chaleur », a déclaré le professeur Kerr. « En fin de compte, nous devons nous attaquer directement aux changements climatiques. Chaque mesure que nous prendrons pour réduire les émissions y contribuera. Le plus tôt sera le mieux. Il est dans notre intérêt à tous de le faire, ainsi que dans l’intérêt des espèces avec lesquelles nous partageons le monde. »

L'article Climate change contributes to widespread declines among bumble bees across continents est publié dans la revue Science.

 

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