Quelles sont les limites de la chasse?

Publié le lundi 1 avril 2019

Eider à duvet dans son nid

Crédit photo : Grant Gilchrist

L'un des principaux défis en biologie de la conservation de la faune consiste à comprendre quels facteurs affectent les populations de faune sauvage vulnérables au fil du temps. Les scientifiques ont essayé de comprendre ces facteurs pour estimer jusqu’à quel point la chasse peut être durable, mais le manque de données de surveillance à long terme, surtout dans les régions éloignées comme l'Arctique, a rendu cette tâche très difficile.

Dans une nouvelle étude dirigée par des scientifiques de l'Université d'Ottawa et publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, une nouvelle méthode pour contourner ce manque de données fut utilisée pour suivre l'évolution des populations d'oiseaux nicheurs.   

Le professeur Jules Blais et son équipe ont analysé des carottes de sédiments provenant du fond de petits lacs et d’étangs dans l'est de l'Arctique canadien afin d'examiner les niveaux de divers composés chimiques dans la composition des carottes.

« Lorsque les oiseaux colonisent une région, ils commencent à fertiliser l'environnement local, ce qui modifie radicalement les niveaux de nutriments dans l'eau », a expliqué Kathryn Hargan, l’auteure principale, boursière postdoctorale W. Garfield Weston et L'Oréal-UNESCO à l'Université d'Ottawa au moment où la recherche fut effectuée. « Avec le temps, les sédiments s'accumulent lentement au fond des lacs, conservant une histoire détaillée des changements biologiques dans ces plans d'eau, similaire aux anneaux de croissance des arbres qui révèlent des informations historiques. »

L'eider à duvet, le plus gros canard de l'hémisphère Nord, est prisé par les Inuits pour sa viande et son duvet. Il se comptait autrefois par millions, mais selon des résidents du Nord et certains relevés fauniques sa population a subie des réductions importantes au cours des dernières décennies. Bien que l'on soupçonnait l’intensité de la chasse d'être en cause, cette étude a pu démontrer que le déclin de la population d'eiders observé dans son aire de reproduction principale coïncidait avec une augmentation des ventes d'armes à feu et de bateaux motorisés au Groenland, confirmant que la chasse aux eiders était insoutenable à cette époque.

L'auteure principale, Kathryn Hargan, se préparant à sectionner une carotte de sédiments

Crédit photo : Nik Clyde, 2014

Dans le détroit d'Hudson, près de Cape Dorset au Nunavut – la principale aire de nidification et de reproduction de l'eider à duvet – les scientifiques ont trouvé des preuves que les populations ont diminuées du milieu à la fin du 20e siècle, pendant une période de chasse intense par les Groenlandais et le déplacement des communautés inuites voisines. Dans les sites de nidification plus isolés, où la pression de chasse est plus faible, les scientifiques ont constaté que les populations étaient restées stables.

« Le fait que des traces de pratiques de chasse au cours du siècle dernier puissent être décelées dans les profils nutritifs des sédiments des étangs de l'Arctique est fascinant », a ajouté le professeur Blais. « De tels outils offrent une nouvelle perspective dans le suivi des changements environnementaux qui remontent à des centaines d'années et peuvent potentiellement révolutionner les efforts de conservation de la faune. »

Cette étude a été effectuée grâce à un partenariat entre autochtones, partenaires gouvernementaux et universitaires, dont Environnement et changements climatiques Canada, l'Université Carleton, l'Université Acadia et l'Université Queen's.

 

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