Venir en aide à Sébastien : Des chercheurs s’attaquent aux maladies intestinales chez les enfants

Publié le vendredi 18 mai 2018

Enfant atteint de la maladie de Crohn

Venir en aide à Sébastien

Des chercheurs s’attaquent aux maladies intestinales chez les enfants

Le nombre d’enfants diagnostiqués de la maladie de Crohn ou d’une colite ulcéreuse a triplé au cours des 15 dernières années. Mais de nouvelles recherches menées par l’Université d’Ottawa en collaboration avec l’Institut de recherche du CHEO promettent d’améliorer considérablement la vie de ces jeunes patients.

Cet hiver, Sébastien, six ans, n’a pas passé ses fins de semaine à glisser sur sa luge ou à lancer des boules de neige avec ses amis. Il est resté prostré sur le canapé la plupart du temps, en proie à une immense fatigue et à des maux d’estomac. Il a aussi beaucoup maigri.

«Il était même trop faible pour jouer avec ses Lego», raconte sa maman, Michelle Lalonde. «Sa croissance s’est arrêtée, ses dents ne poussaient plus… il a même eu quelques cheveux blancs! Nous n’avions pas la moindre idée de ce qui lui arrivait.»

Un docteur avec un enfant atteint de la maladie de Crohn

Ce n’est qu’après une longue batterie de tests que cette mère inquiète a appris que son petit garçon souffrait de la maladie de Crohn.

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont les deux formes principales du syndrome du côlon irritable. La première peut être très difficile à diagnostiquer dû au manque de spécificité de ses symptômes. Les enfants touchés comme Sébastien peuvent demeurer très malades pendant très longtemps avant que le diagnostic ne tombe. Et même lorsque la pathologie est enfin décelée et qu’un traitement adéquat est mis en place, connaître enfin la vérité ne signifie pas forcément l’accepter: car il s’agit d’une affection incurable, même si elle peut faire l’objet d’une prise en charge médicamenteuse.

Le petit Sébastien n’est pas seul. En effet, l’Ontario enregistre un des taux les plus élevés de maladie de Crohn dans le monde. Le nombre de jeunes patients diagnostiqués et traités au CHEO a triplé au cours des 15 dernières années.

Mais si la maladie devient de plus en plus courante, elle demeure cependant un grand mystère aux yeux de la médecine. Ses causes sont en effet inconnues et son traitement complexe. D’ailleurs, il faut parfois plusieurs mois pour trouver le bon, et dans certains cas, on doit avoir recours à une résection de l’intestin.

Mais cette année, une lueur d’espoir a jailli: une équipe de chercheurs de l’Université d’Ottawa et de l’Institut de recherche du CHEO a reçu une subvention de 9,1 millions de dollars de la part de Génome Canada pour décrypter cette nébuleuse pathologie et mettre au point des médicaments plus efficaces. Grâce à ces fonds, les scientifiques espèrent pouvoir faire la différence dans la vie de nombreux bambins comme Sébastien.

L’équipe, composée de 12 personnes et menée par les docteurs Alain Stintzi et David Mack, consacrera les quatre prochaines années à sonder le microbiote intestinal. On soupçonne que ce sont des perturbations à ce dernier qui entraînent l’inflammation intestinale chronique caractéristique de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse. Dans l’espoir d’améliorer considérablement la vie de ces patients, l’équipe s’efforcera de comprendre le mécanisme du microbiote et de «réorganiser» la composition de ce dernier. Une véritable gageure, si on considère que l’ensemble hautement complexe de micro-organismes habitant la flore intestinale s’élève à des milliers de milliards!

Parmi les défis que l’équipe compte relever, figurent une réduction importante du temps nécessaire au diagnostic et de meilleures stratégies thérapeutiques, mais surtout et enfin, la découverte d’un traitement ciblant directement la cause de la maladie de Crohn. Actuellement, explique le Dr Stintzi, les traitements ciblent plutôt divers éléments du système immunitaire chez les personnes souffrant d’inflammation intestinale. «Mais ils ne s’attaquent pas à la source du problème», précise le chercheur. «Ce que nous tentons de faire consiste à “réinitialiser” le microbiome vers un état non inflammatoire.»

Chercheur de l'Université d'Ottawa

 

«L’un des défis qui se présentent actuellement lors du traitement de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse concerne le surdosage et le sous-dosage», poursuit le Dr Mack. «Nous avons l’espoir d’arriver à changer la façon dont nous gérons le syndrome du côlon irritable en mettant au point des traitements plus efficaces, moins complexes et plus sûrs pour nos patients.»

Quand on essaie de comprendre le mécanisme de milliers de milliards de micro-organismes, la tâche peut paraître insurmontable. Mais les docteurs Mack et Stintzi sont optimistes quant aux résultats qu’ils escomptent à la fin de cette étude de quatre ans.

«Bien sûr, notre but ultime est de trouver une cure,» déclare le docteur Stintzi. «Mais pour l’instant, nos recherches vont au moins permettre d’augurer un meilleur avenir pour des patients comme Sébastien.» Et il conclut: «C’est ce qui nous motive dans nos travaux quotidiens.»

 

 

 

Ces travaux sont financés par le gouvernement du Canada à travers Génome Canada et l’Ontario Genomics Institute (OGl-149).

 

 

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